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  Journalsemilitteraire

Gen d'Hiroshima, tomes 1 et 2 (Keiji Nakazawa)

20 Septembre 2009 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures curieuses

L'humanité est capable d'horreur et nous le savons tous. Ces horreurs me fascinent, non par goût du morbide, mais parce qu'une partie de moi-même sans doute extrêmement naïve aimerait comprendre comment elles sont rendues possibles. Vraiment. J'éprouve le besoin viscéral de chercher des explications rationnelles à ce qui n'en a certainement pas, de prendre conscience de l'étendue cauchemardesque des faits pour me convaincre que oui, de tels évènements ont bien eu lieu.
La seconde Guerre Mondiale est particulièrement riche en horreurs. Pour moi, le summum paraissait atteint avec la Shoah, et mettre les pieds dans le camp de Dachau me paraissait nécessaire, comme un moyen d'enfin admettre que oui, c'était possible. Mais il n'existe pas d'échelle pour mesurer l'enfer vécu.
Peut-être est-ce pour cela qu'à 1h30 ce matin, j'ai ouvert le second tome de Gen d'Hiroshima à peine refermé le premier? Pour essayer de me soulager de ce que je venais de lire?
Ce manga est préfacé par Art Spiegelmann, qui m'avait bien remuée au temps de sa lecture. Un choix qui s'explique vite: la BD a des allures de roman graphique, où l'image dit mieux que des mots l'indicible.

Rassurez-vous, vous qui ne connaissez pas en: ce n'est pas un catalogue d'horreur. L'auteur s'inspire de sa propre vie et de sa survie à la bombe pour raconter l'histoire de Gen, jeune garçon comme tant d'autres dont le père a la particularité rare d'être un pacifiste en pleine période propagande anti-américaine et anglaise. Dans le Japon de 1945 où la propagande fait rage et n'a pour concurrente que la douleur des conditions de vie des civils japonais, ce n'est pas rien, et entraîne des moments douloureux à toute la famille. Ces moments sont colorés par la candeur de Shinji, le petit frère braillard, ou les idées inattendues de Gen pour atténuer la souffrance des siens, ou encore par des scènes familiales touchantes, qui ne tombent jamais dans la mièvrerie. Le Japon de cette année est particulièrement dur, la violence et le fanatisme y sont monnaie courante.
Et c'est dans un des moments où la vie est la plus quotidienne qu'arrive le 6 août 1945. La bombe. L'enfer, l'horreur absolue, une horreur plus éloignée de nous que celle des camps, et pourtant tout aussi stupéfiante et révoltante. Gen y survit, protégé du rayonnement par le hasard d'un mur et court retrouver sa famille dans une ville dévastée, hantée par des morts en sursis, pour découvrir que seule sa mère enceinte a échappé à l'effondrement de leur maison.
Là s'achève le premier tome. Impossible de dormir après cela, et de laisser Gen à son sort.

On sait aujourd'hui à quel point les conséquences de la bombe furent terrifiantes pour la population (et quiconque doué de deux sous de jugeotte d'ailleurs), mais quelques clics sur le net ont fini de me démoraliser: en effet, l'évènement fut longtemps perçu dans le monde comme une victoire technologique. Vous savez, un gage de paix? Une paix d'une crasse incrustée.

Une autre grande qualité de ce manga réside dans la lucidité de l'auteur quant à l'humain. Personne n'est "bon", même si les hommes "mauvais" et sans morale sont légions. Chaque personnage a son moment d'égoïsme, de folie ou de violence, comme une métaphore de la catastrophe centrale, à s'en demander si l'humanité en vaut vraiment la peine malgré les scènes d'amour familial fortes qui donnent enie de garder espoir. Un espoir bien mince, si on pense par exemple au kamikaze qui refuse de mourir pour simplement vivre et jette ainsi l'opprobre sur sa famille.

Une lecture nécessaire.


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