Le garçon au pyjama rayé (J.Boyne)
Il y a des moments où il faut être honnête avec soi. Là, je crois que j'y arrive. Je suis totalement démoralisée.
Totalement est peut-être un adverbe un peu fort, car j'ai le sentiment que ça va mieux aujourd'hui. Mais le résultat est encore là: je me sens incapable de faire quoi que ce soit, au point que je
finis par me mettre au ménage. C'est pour dire.
Autre conséquence de ces périodes noires: je me réfugie dans les livres. "Réfugier", c'est vraiment le terme exact. Du coup, je lis, j'engloutis de façon quasiment boulimique, mais les crotiques
ne suivent pas forcément, et là, sans réfléchir, j'en vois déjà trois en retard.
Et ce n'est même pas la mauvaise conscience qui me fait me retourner voir ce blog aujourd'hui. Plutôt la magie qui a opéré: celle d'un livre qui vraiment m'a profondément touchée.
O que j'ai bien fait.
Mais quelle claque.
La quatrième de couverture l'admet sans tourner autour du pot: il est quasiment impossible de résumer ce roman sans en dévoiler ce qui en fait l'efficacité, surtout sur un blog où arrivent souvent des collégiens en quête de boulot pré-maché pour ce qui doit ressembler à des fiches de lectures. Toutefois, on peut se limiter au début: la famille du jeune Bruno, 9 ans, doit quitter la maison dans laquelle il se sent pourtant si bien. Cela s'est décidé suite à une visite du Foureur, un homme désagréable, mais avec qui il importe d'être en très bon terme, cela pour faire avancer la carrière de Papa. Papa est promu peu de temps après cette visite: il porte maintenant un uniforme encore plus beau, et obtient un poste à Hoche-Vite.
Bref, vous qui me lisez aurez compris de quoi il en retourne.
Je l'avoue, je connaissais le fin mot de l'histoire avant de commencer. Heureusement peut-être, car ce roman met un sacrée claque, bien plus grande que les Bienveillantes si on veut rester dans le sujet.Le narrateur raconte la découverte de ce nouvel univers à travers le regard naïf de Bruno, un regard d'enfant qui ne doit pas poser de questions et qui n'aura de totues façons aucune explication; l'effet est d'autant plus violent que nous, lecteur adulte et averti, nous comprenons ce qui se passe. Qui sont ces gens en pyjama rayé de l'autre côté du grillage. Pourquoi le lieutenant Kotler est là tard le soir et tôt le matin. Pourquoi le travail du père de Bruno est si important.
La fin est bouleversante, même si je ne pense pas être du genre bouleversable, et ça, dépression ou non.
C'est un roman magnifique. Quand je pense qu'il est paru en jeunesse, je me dis qu'il faudrait vraiment que les sphères littéraires actuelles aillent y mettre leur nez pour voir ce que c'est que de la bonne littérature... Mais c'est comme pour la SF, une lecture récriée et inavouable...
