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  Journalsemilitteraire

Les furtifs (Alain Damasio)

8 Juin 2019 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF, #Un journal semi-littéraire

Comment écrire sur les Furtifs ? D'ailleurs, avant cela, comment en aborder la lecture ?
Damasio a une place particulière dans ma vie de lectrice. Oui, je sais, je vous fais souvent ce chapitre, mais que voulez-vous, ma vie ne serait pas ce qu'elle est sans ses livres.

 

Il y a une quinzaine d'années, je revenais de mes premières Utopiales avec La Horde du Contrevent (dans sa première édition, s'il-vous-plaît). J'y plongeai, je m'y noyai, et ce roman, a eu un effet parpaing-dans-ta-gueule-tu-ne-liras-et-n'écriras-plus-jamais-de-la-même-façon. A la suite, j'écrivais un article sur mon précédent blog, article qui entraîna une rencontre, et... La Horde du contrevent a changé ma vie, au sens propre. Ce blog a aujourd'hui disparu dans les limbes de son hébergeur, et j'ai eu un petit pincement en le découvrant il y a peu.

Toujours est-il que je ne pouvais pas aborder Les Furtifs comme n'importe quel autre livre. D'autant plus qu'au-delà de mon histoire personnelle, La Horde était aussi un roman grandiose, à part, nouveau et marquant. Il m'a fallu quelques semaines pour le commencer après l'avoir reçu. Je voulais m'immerger, profiter pleinement de l'expérience.

De quoi ça cause ?

Les Furtifs s'ouvre avec le passage d'une épreuve par Lorca, militaire de fraîche date, qui espère intégrer une unité particulière, le RECIF, spécialisé dans la traque des furtifs. Les furtifs sont des créatures dont l'existence est tenue secrète, elles vivent dans les zones d'ombre, les coins des pièces que personne ne regarde, bref, en marge de nos sociétés de contrôle. Lorca a perdu sa fille de 4 ans, quelques années plus tôt. Au fond de lui-même, il est persuadée que les furtifs ont un lien avec sa disparition.

C'est beau, c'est grand, c'est bien écrit, c'est un concentré d'idées et de réflexions politiques sur notre monde, c'est à la fois tragique et utopique. Il a fallu quinze ans à Damasio pour publier ce deuxième roman, et on le comprend, car le tout est finement travaillé, chaque mot est pesé, et l’ensemble est beau.

Voilà pour l'avis objectif.

MAIS... le "mais" est énorme. Moi, qui ai tant vibré face à la Horde, cette expérience de groupe incroyable, dans un univers dément et onirique où le vent soufflait et devenait personnage en propre, j'ai été déçue par Les Furtifs. Tout en reconnaissant les qualités (nombreuses) du roman, qu'au fond, j'ai apprécié, mais j'attendais tellement plus, nostalgique que j'étais d'une texte fort et profondément immersif...

Pourquoi tant de déception ?

D'abord, le procédé qui consiste à mêler voix narrative et typographie. La marque de l'auteur, peut-être, il l'utilise avec brio, mais... de manière bien moins aboutie ici. Les personnages sont moins nombreux, et m'ont semblé bien moins caractérisés que dans la Horde (Golgoth, et Caracole, bordel !). La typographie justement. Moui. J'ai été plus d'une fois sceptique sur la plus-value apportée au texte, sûrement parce que ma vue vieillit et je deviens grognon rapidement quand elle fatigue.

Enfin, et surtout, le cas de Lorca et sa femme, Saskia. La disparition d'un enfant. Really ? Combien de fois ai-je eu l'occasion de l'écrire : je lis de la SF pour ne pas retrouver les horreurs de la réalité, et là ! bim, gros pathos sur l'angoisse des parents, leur quête, sentiments, violons, et j'en passe. Suspension d'incrédulité, cassée, angoisse personnelle, augmentée, plaisir de lecture, plus aucun.

Bien sûr, je sais que Damasio, qui a tout de même toute mon admiration, n'a pas écrit les Furtifs pour moi, mais je ne m'attendais pas à une telle déception. Pour l'avoir entendu assez souvent IRL ou en ligne, je ne peux pas non plus dire que je suis surprise par la proximité entre l'univers de ce roman et le nôtre, mais je m'attendais quand même à quelque chose de beaucoup plus créatif. De plus neuf. De plus... déroutant. J'espérais beaucoup, j'ai passé un bon moment de lecture, mais je dois être honnête : avec ce roman, je trouve Damasio excellent mais loin, très loin de ce qu'il a pu écrire.

 

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