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  Journalsemilitteraire

Terry Pratchett...

3 Février 2010 , Rédigé par Angua Publié dans #Un journal semi-littéraire

Ces derniers jours, je pensais envoyer un article intitulé "Chuis pas morte". Comprendront ceux qui connaissent Mémé Ciredutemps... Prise par beaucoup de malédictions chronophages, je voulais faire une synthèse rapide de mes dernières lectures, en attendant (espérant?) d'y revenir plus tard.

Et puis... panne de net. Réservation d'un créneau à la bibliothèque municipale, histoire d'assouvir mon geekisme aigu, visite éclair au forum d'ActuSF, où j'ai découvert la nouvelle. Me voilà quelques heures plus tard, ma connexion revenue, et je viens de prendre le temps de lire vraiment en détail cet article.

Je suis dans un état étrange. L'annonce de sa maladie m'avait fait une émotion, mais cet article me remue encore plus. Pourquoi? J'ai été assez souvent confrontée à la mort, celle sans majuscule, de la vie quotidienne pour souffrir sans fin à la disparition de proches, au point que les inconnus, célébrités, gens lointains... certes, c'est toujours triste, mais jamais encore je n'avais éprouvé cette forme de tristesse. L'oeuvre de Terry Pratchett a une place très particulière dans ma vie de lectrice, voire, ma vie tout court.

Tout a commencé il y a une douzaine d'années. Etudiante désoeuvrée dans mes 9 mètres universitaires standards, je suis allée m'inscrire à la municipale d'en face (oui, déjà à cette époque-là, des milliers de livres publics étaient mes voisins), en quête d'un truc à me mettre sous la dent. Consistant de préférence. Le bâtiment était tout bonnement hideux à l'extérieur, mais ses rayonnages s'étendaient à l'intérieur derrière de longues baies vitrées, mêlant tous les genres, une discrète gommette violette signalant les "genres de l'imaginaire". J'aime les bibliothèques, juste pour le plaisir d'y flâner, et j'aime les connaître, savoir quels sont les pavés qui ne sortent pas, que je ne lirai jamais, mais qui rythment le parcours de l'oeil le long d'une étagère.
Et puis, sur une étagère basse, une série de couvertures colorées. C'était les Annales, dans l'édition de l'Atalante. J'ai emprunté le premier tome sans lire la 4e, mon seul critère étant que si ça me plaisait, j'aurais de quoi faire.

Je ne sais pas si on peut parler de révélation. Je n'ai jamais été une grande lectrice de fantasy, mais la parodie, c'est un genre qui me parle.

Trois ou quatre ans plus tard, ma première connexion au net. (oui, je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans... bref.). Il m'a fallu un pseudo, n'importe quoi. Je venais de terminer le Guet des Orfèvres, Angua s'est imposé. J'ai vaguement tenté d'en apprivoiser d'autres, mais celui-ci me convenait toujours mieux, et est devenu mon espèce de double virtuel, l'autre identité, qui me surprend toujours quand je repasse dans le monde du réel ou qu'on m'appelle ainsi plutôt que par mon prénom. Je lui dois cela aussi,  à Pratchett.

Les années ont passé. Aujourd'hui, il y a, si je ne me trompe pas, cinq titres que je n'en ai pas lus. Mais il y a quelques années, pendant quelques mois, Pratchett fut le seul auteur vivant dont j'avais lu toute l'oeuvre (je parle d'oeuvre conséquente, hein). C'est un des rares que je lis en anglais, même avec la conscience qu'une partie de sa subtilité m'échappe.

Et surtout... c'est le seul auteur que je relis aussi facilement. Que j'ai autant prêté, offert, laissé à d'autres (Trois Soeurcières... à racheter. Pour la 4e fois.). Celui vers qui je peux me tourner quand la vie est chienne, parce qu'il peut me faire pouffer de rire par un jeu de mots redécouvert. Qui me donne envie de lire Shakespeare à trois heures du matin. Qui crée un tel sentiment de connivence, dans ma vie quotidienne, par foule de private jokes avec mon compagnon et des amis. Qui n'a jamais pensé "Pain de nain!" au moins une fois à table après l'avoir lu?

L'homme est un inconnu que je n'ai jamais rencontré. Même si c'est grâce à lui que j'ai découvert l'existence des Utopiales (le lendemain du jour où il y était... oui, ma frustration est encore vive). Je ne l'ai jamais rencontré, et pourtant, son univers est chaque jour présent dans ma vie.

Et vraiment, en lisant cet article du Guardian, j'espère que la Mort saura oeuvrer avec la classe dont on le sait capable dans les Annales.

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Orkan Von Deck 15/03/2010 14:37


Vive le guet !

Je suis en train de lire pieds d'argile, et c'est du pur bonheur !
Vive chiquard, colon, carotte, vimaire, Hilare, Visite, Détritus , vétérini et tous les autres !

Vive Angua 


Tiphanya 05/02/2010 19:52


Je ne savais pas qu'il était malade.
Le seul réconfort que j'ai (contrairement à mon namoureux qui a fait la réflexion le premier), c'est que j'ai encore énormément à lire de lui.

En tout cas ton billet est très bien écrit.


Angua 05/02/2010 19:58


Merci! Tu me fais penser que j'ai vu des horreurs (mots oubliés et fautes de frappe) pas encore corrigées, j'y vais de ce pas...)
Je me console en me disant qu'il m'en reste "un peu"... et que je pourrai lire en VO ce que je n'ai lu qu'en français (la majorité de ses titres)... mais quand même...


pom' 05/02/2010 07:57


je viens de redécouvrir la serie des sorcières, alors que je suis fan de fantazy, cette humour finit par me lasser, je préfère un style plus classique ou plus SF


The Bursar 04/02/2010 17:46


j'ai l'impression que son combat progresse. Pratchett s'est déjà exprimé sur la question cet été, un très beau discours également et très bien argumenté, j'espère qu'il finira par obtenir ce qu'il
veut et qu'il n'aura pas à partir en Suisse, comme c'est actuellement la pratique


Angua 04/02/2010 21:37


J'espère aussi!


hydromiel 03/02/2010 21:28


Je n'ai lu que peu de Pratchett, j'en ai d'autres dans ma PAL et j'aimerais bien pouvoir lire l'intégral un de ces jours.
Ton billet est un très bel "hommage".


Angua 03/02/2010 21:55


Merci!
Du Pratchett, il en faut toujours un peu dans une PAL! D'ailleurs, je n'avais même pas encore envisagé cet aspect de la question: un jour prochain... plus de nouvelle annale...