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  Journalsemilitteraire

Les finalistes du prix Rosny (catégorie romans)

31 Août 2012 , Rédigé par Angua

Comme le monde entier le sait déjà, c'est celui qui était loin au-dessus des autres qui l'a remporté cette année. Au-delà des circonstances, Rêves de Gloire méritait sans contestation de gagner ! Mais j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer tout le bien que j'en pense...

 

Mais les autres ? Ces autres romans finalistes, qu'en est-il ? Ils méritent qu'on parle d'eux, car même si le résultat était sans suspens, il y avait néanmoins du bon, voire du très bon aux côtés du vainqueur.

 

Dans un ordre totalement anarchique, il y avait donc :

 

D'or et d'émeraude, d'Eric Holstein. Un autre chouchou, pour lequel j'aurais sans doute voté s'il n'y avait eu le Wagner.

Tout commence de nos jours, en Colombie, comme un roman de "blanche" (rassurez-moi, il n'y a que moi qui pense or-emeraude.jpg"coke" ou "héro" en utilisant cette pauvre expression qui désigne ce qui est hors-SFF ? ). Simon, le personnage principal, y a été adopté dans sa tendre enfance, et finit par y retourner à l'âge adulte, horripilé par le discours ambiant qui consiste à lui dire qu'il est primordial qu'il connaisse ses origines (desquelles il se moque à peu près comme de l'an 40). Sur place, il découvre l'orphelinat où il a été déposé à la naissance, et surtout l'étrange jardinier des lieux, ancien FARC repenti qui semble lui accorder un intérêt particulier. Intérêt qui s'explique peu à peu : il connaît son père biologique et a bien l'intention de les présenter. D'autant plus qu'il prétend connaître les rêves inquiétants que fait Simon depuis son arrivée sur la terre de ses ancêtres... je n'ose vous en dévoiler davantage sur cette première partie. La deuxième débute brutalement au XVIe siècle, avec Quesada et ses conquistadors, alors proches du désespoir sur l'Altiplano où l'Eldorado semble un peu plus rude à atteindre que prévu... et le lecteur bascule dans le roman historique. A priori. J'ajoute que la 3e partie est une uchronie bluffante ?

J'ai tout bonnement adoré ce roman. Pas uniquement pour la richesse de sa construction, aussi pour la force des personnages, l'intelligence de la réflexion historique et politique, l'apport progressif des explications livrées aux lecteurs et la part de réflexion qui lui est laissée.

 

Treis, altitude zéro, de Norbert Merjagnan, belle suite aux  Tours de Samarante.

Philippe Curval a dit de ce roman qu'il est "éminemment sexuel", ce qui m'a laissé sans treis.jpgvoix. Rétrospectivement, si, un peu quand même, dans le sens où nous sommes encore dans une matrice de la ville, devenue personnage à part entière à travers Cinabre, plus connectée que jamais. Les personnages se complexifient, la trame narrative est beaucoup plus riche... j'ai trouvé ce tome beaucoup plus réussi que le premier, déjà réjouissant. Peut-être parce que l'univers, riche, est suffisamment installé dans l'esprit du lecteur pour pouvoir se développer et s'étendre confortablement tout en laissant comprendre qu'on est loin d'en faire le tour... et Treis n'est pas qu'un roman d'ambiance, malgré ce que pourrait laisser penser ce qui précède.

 

Je suis ensuite bien en peine de vous parler de Léviathan - la Chute, pour cause que je le confonds avec Léviathan - La Nuit. Que je les vois plutôt comme un seul et même bouquin dont un leviathan-chute.jpgmalveillant aurait arraché la fin, car c'est un vachement bon thriller dont les pages se tournent seules et de plus en plus vite. Que j'aurais juste envie d'écrire "Mais donnez-moi la suite, bordel!", ce qui serait certes spontanné, mais peu constructif...

Le personnage principal, Michael, est un océanographe incapable de prendre la mer depuis un naufrage qui a provoqué la disparition de ses parents dans son enfance. Néanmoins passionné, il s'embarque pour une mission en Antartique dont tous, collègues et famille, ont essayé de le détourner sans succès. Bien évidemment, il vit mal le fait d'être en mer, surtout lorsqu'il se persuade que les grands cétacés l'appellent... mais au fait... Michael est pourtant stable, d'un point de vue psy, et c'est une bien curieuse forme de mal de mer que ce type d'hallucination... il y a finalement des raisons beaucoup plus complexes que le simple confort psychologique de Michaël dans l'acharnement de son entourage à l'empêcher de partir. Comme le découvre le lecteur au fil des pages, sa vie n'est qu'une masquarade, il vit au coeur du complot dans toute sa splendeur, depuis son enfance, sans jamais l'avoir soupçonné...

 

Au rayon des lectures qui datent, je ne peux pas oublier Bankgreen, de Thierry Di Rollo. Lesbankgreen.jpg puristes se demandent encore ce que vient faire ce roman orienté fantasy parmi les finalistes du Rosny, question légitime, mais le simple fait de pouvoir se la poser montre la force du texte. J'en retiens surtout une chappe de plomb noire et mauve, qui pèse sur Bankgreen, monde où rien n'est gratuit, dans lequel avance le dernier Varanier tel une Parque en quête de ses impossibles semblables... je me contenterais de dire ici que c'est un beau, un magnifique texte, même si ce n'est pas mon préféré de cet auteur (que tous ceux qui passent par ici sans avoir lu Meddik notent son titre sur leur LAL, avec priorité haute)

 

etoiles.jpgAux antipodes, ma lecture la plus récente : Les Etoiles s'en balancent de Laurent Whale. Voilà qui remet d'applomb après l'enfer tragique de Bankgreen ! Nous sommes dans un monde post-cataclysmique, où la fin du monde a eu lieu sous une forme économique, obligeant les hommes à se rassembler dans des villes fortifiées pour y vivre plus ou moins en autarcie. Tom, le héros (oui, là nous sommes dans le type de roman où on peut parler de héros autant que de personnage principal), est aviateur et fait le lien entre ces enclaves. Mais d'inquiétantes nouvelles arrivent du nord, avec une exode imprévue qui risque de mettre à mal les nombreuses micro-sociétés qui survivent... Voilà un bon roman d'aventures où les rebondissements s'enchaînent (pénible pour ceux qui, comme moi, s'accordent "encore un chapitre" avant d'éteindre quand le réveil indique une heure déjà indécente), où l'écriture sait être nerveuse sans être pauvre. Toutefois, je crois que ce que j'ai préféré se cache dans les détails, dans ces chapeaux qui ouvrent plusieurs chapitres et laissent esquisser ce qui a amené l'humanité là où elle en est. La suggestion y est à la fois intelligente et redoutable, et transforme ce qui a priori est un simple divertissement en roman beaucoup plus profond.

 

Restent maintenant les deux titres qui m'ont laissé perplexe.

Tout d'abord, l'Ardoise magique, d'Anne Lanièce.

ardoise-magique.jpgIl y avait longtemps que je n'avais été tiraillée ainsi. D'un côté, j'y vois de réelles qualités, et de l'autre... j'ai détesté, à titre personnel. L'Ardoise magique met en scène une bande d'intellectuels parisiens, émoustillés par leurs vies personnelles et la découverte d'une forme de vie soumarine aux propriétés encore à découvrir. L'ambiance est feutrée, toute de dialogue et d'articles de presse, l'action est racontée de loin, de très loin même, les préoccupations personnelles font écho aux questions scientifiques. Je ne chercherai pas plus loin : c'est très exactement ça, les petites vies de ces personnages qui m'a gênée. Je déteste les romans contemporains basés sur les pseudo-psychologies de couple, et en voir un se liquéfier pour des raisons si absurdes à mes yeux m'a juste donné envie de hurler de frustration. C'est d'ailleurs signe, je pense, que ce roman fonctionne, puisqu'il m'a touchée à ce point-là. Il aura suffit d'une phrase : "J'ai 29 ans" dit la grognasse le personnage féminin qui veut convaincre son mari de faire un enfant. IRL, j'ai des choses très concrètes à répondre sur le sujet. Dans une lecture que je fais pour le plaisir, sinon par curiosité, ce n'est pas ce genre de questions que je cherche.

Autre indice qui me persuade que ce roman en vaut la peine : à plus d'une reprise, j'ai pensé Butor et Robbe-Grillet... pour mémoire, ce dernier n'est pas franchement ma tasse de thé non plus.

 

Et enfin, pour finir, La Guerre des Chiffonneurs, de Thomas Geha.guerre-chifon.jpg

J'ai détesté aussi, mais j'en suis beaucoup moins troublée que pour le précédent. Pourquoi ? Eh bien... parce que nous sommes dans du Space'Op à l'ancienne, avec les personnages du même tonneau, un ensemble basé sur l'action, rien que l'action, encore de l'action, saupoudrée deci-delà d'une partie de jambes en l'air avec la nymphomane de service. En fait, ce n'est pas du tout ma came, mais la lecture est facile, rapide, distrayante, et je suis persuadée (peut-être à tort) que les amateurs y prennent le même plaisir que moi à lire de la mauvaise bit-lit (sait-on jamais, peut-être y en a-t-il de la bonne ?). Bref, je n'aime pas, mais ce roman ne mérite pas qu'on lui crache dessus pour autant.

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Olivier TOMASINI 01/09/2012 22:06


A littérature blanche je pense parfois aux pages blanches et insipides de certains auteurs dont l'encre du talent à du fondre sous les projecteur des studios TV. Mais jamais à la coke, moi !


 


Amitié,

Angua 01/09/2012 23:09







thomas geha 01/09/2012 02:16


Bon, je réponds pas souvent sur les blogs... mais bon, ça ne fait pas de mal de blablater un peu de temps en temps avec les gens. D'abord, mon bouquin prend un malin plaisir à grignoter tous les
clichés du genre, tout en les respectant, c'est vraiment la base du truc (plutôt humoristique en plus). Oui, je veux que les gens samusent en le lisant, ça me va parfaitement et je n'en demande
pas plus. Pas moins non plus d'ailleurs. Alsha n'est pas si nymphomane, c'est quand même réducteur, elle fait quand même ce qu'elle veut de Marcus... mais c'est vrai, les nanas doivent être
nunuches dans les bouquins, comme en bit-lit, lol. Elle ne l'est pas, oui, je sais, c'est sans doute malheureux, je rectifierai ça dans un prochain roman... :) enfin, à part ça,merci pour
l'effort, c'est louable ! Et j'ai le sourire, là.

Angua 01/09/2012 15:20



Bonjour ! (ça m'émeut toujours un peu de voir des auteurs arriver jusqu'ici...)


Je te rejoins tout-à-fait sur le côté libéré d'Alsha, mais... quand même un peu nympho, à mon avis très humble. Si je me souviens des raisons qui l'ont amenée à faire ce boulot, c'était une
réaction de son père à ses désirs insatiables ! Si en plus, elle avait été niaise, elle m'aurait insupporté, là, elle m'a plutôt amusée, même si ce n'est pas ce qui transparait dans ce que j'ai
écrit plus haut.


Et en bit-lit, les personnages féminins ne sont pas même seulement nunuches... c'est bien plus creux encore. Navrantes, peut-être ?


Mais je persiste. Je comprends qu'on prenne beaucoup de plaisir à ce roman, et pour faire un aveu honteux... je crois que je n'ai pas lu assez de Sf de ce genre pour repérer tous les clichés et
codes détournés !