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  Journalsemilitteraire

Le livre des choses perdues (John Connolly)

5 Juillet 2010 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF

livre des choses perduesLa mère de David, 12 ans, vient de mourir. Pour lui, l'évènement tant redouté était le pire qui puisse lui arriver et la douleur de cette réalité est inacceptable.

D'autant plus inacceptable qu'en ces veilles de guerre mondiale, son père finit par rencontrer Rose, une autre femme Objectivement, David n'a rien à reprocher à Rose mais elle n'est pas sa mère, elle n'est pas celle avec qui il partageait des histoires, surtout les contes qu'elle adorait lui raconter et qu'il lui racontait à son tour durant les derniers jours de sa vie. Pourtant, Rose dispose d'une grande maison familiale dans laquelle elle accueille David et son père, et bientôt Georgie, petit frère né de cette union.

David ne s'y fait pas. Il préfère rester enfermé dans sa chambre, à écouter le murmure des livres... Les livres lui parlet, et cela depuis un moment déjà, même s'il n'a osé en parlé au médecin que son père l'a emmené voir à plusieurs reprises. Les livres lui parlent aussi à travers le nom de l'ancien propriétaire des lieux, garçon d'environ son âge disparu bien des années plus tôt... Parmi les voix qui s'adressent à David, l'une est reconnaissable entre toutes: il s'agit bel et bien de celle de sa mère! Sa mère, vivante, qui l'invite à le rejoindre dans un autre monde, monde d'où viendrait l'étrange homme biscornu entr'aperçu un jour !

Le soir d'une dispute plus violente que les autres, David cède à l'appel et cours vers le jardin, où une brèche dans le mur semble être le passage vers les lieux qui retiennent sa mère prisonnière. Au même instant, un bombardier s'écrase... mais David a à peine le temps de s'en inquiéter: déjà, il est dans une forêt aux senteurs nouvelles, et le tronc d'arbre par lequel il est passé se referme derrière lui...


Voilà un roman bien surprenant. Si le début, renvoyant à pléthore d'autres textes peut inquiéter (c'est vrai, quoi, l'enfant qui passe de son quotidien à un autre monde, on connaît), la suite jongle avec les codes et les personnages classiques de conte de fées, donnant un bref instant l'impression que c'est dans cette direction que l'histoire va basculer... mais pas du tout. L'auteur s'approprie le genre du conte pour mieux le détourner et jouer avec, ou peut-être pousser jusqu'au bout les horreurs qu'on y croise. Le parcours de David est une véritable quête initiatique, une quête qui se fait dans la douleur, la peur, le sang. Les loups y sont humanisés dans ce que l'homme a de plus sombre, les chevaliers diffèrent de ce qu'en imagine David, les sorcières procurent des frissons par la multiplication de leurs crimes... L'univers dans lequel David est arrivé fait s'incarner toutes ses craintes, donne vie à ses cauchemars... mais aussi à une bonne partie de ceux du lecteur adulte. Deuil, souffrance, torture... le parallèle est léger dans le roman mais pourtant clair: la guerre que fuit David n'est pas différente de celle qu'il trouve en passant par la brèche.


Si Le livre des choses perdues est paru simultanément dans une édition jeunesse et une autrepour adulte, la raison apparaît clairement à la fin de la lecture. On peut le lire comme un conte, ou un énième roman d'aventures... mais aussi comme une nouvelle réflexion sur ce qu'est l'homme et surtout cette période terrifiante qu'est l'adolescence.


Je ne pourrais pas dire que ce livre m'a transportée, mais j'y ai pris de plus en plus de plaisir au fur et à mesure de ma lecture... il fait partie de ces textes qui se réfléchissent et marquent l'esprit!

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Karine :) 29/07/2010 20:15



JE pense que je suis plus enthousiaste que toi... certaines parties m'ont vraiment, vraiment effrayéee



Acr0 06/07/2010 13:01



C'est vrai :D J'y ai pensé, mais ne l'ai pas écrit ;)


Le côté un peu difficile et "réaliste" finalement de la vie est toujours bien ancré dans les contes.



Acr0 06/07/2010 12:31



"L'auteur s'approprie le genre du conte pour mieux le détourner et jouer avec, ou peut-être pousser jusqu'au bout les horreurs qu'on y croise." Cette phrase est très juste et révèle bien l'esprit
du livre :)
la torture et la souffrance ont quand même un rôle important, et je trouve certaines scènes relativement "hard" quand on sait que ce livre est un roman jeunesse à l'origine...
J'ai lu aussi ce livre et je pense la même chose que toi :) (mais comme à mon habitude, je n'ai pas trouvé le temps de le chroniquer)



Angua 06/07/2010 12:58



C'est vrai que certains passages sont très durs pour un roman "jeunesse"... mais quand on y réfléchit, l'auteur reste dans la logique du conte. Chaque fois que je travaille sur Perrault avec des
élèves de 6e, je m'étonne de les voir frissonner à la mort du Petit Chaperon Rouge ou au sort des femmes de Barbe-Bleue: non seulement, ils frissonnent, mais en plus... ils aiment ça!


Dommage que tu n'aies pas trouvé le temps d'une chronique, je trouve que ce livre le mérite!