Partager l'article ! L'Orange mécanique (Anthony Burgess): Je suis tombée hier sur un "vieil" article de Cachou (oui, je lis parfois les blogs que j'apprécie dans ...
Journal semi-littéraire
... et surtout semi, d'ailleurs...
Je suis tombée hier sur un "vieil" article de Cachou (oui, je lis parfois les blogs que j'apprécie dans le désordre
chronologique le plus total) qui m'a fait un effet boeuf dès le titre. En effet, en cataloguant ma bibliothèque, je l'avais recroisé, et m'étais dit que c'était une priorité de relecture !
Ah, L'Orange Mécanique... ces mots résonnent particulièrement en moi. Ils sont associés à l'époque où j'étais au lycée, où je lisais de manière boulimique sans jamais lever le nez vers la télé, en écoutant ce que d'aucuns qualifieraient comme du gros punk qui tâche. Les Béruriers noirs, entre autre, qui glissent ces mots au détour de Vivre libre ou mourir... j'ai lu le livre par curiosité, pris une première claque, vu le film, qui en a été une deuxième, du haut de mes 16 ou 17 ans. Déjà un peu plus âgée qu'Alex.
Plus de 15 ans plus tard, si j'avais revu l'oeuvre de Kubrick, je n'avais jamais relu Burgess. Je l'ai fait hier et aujourd'hui, quasiment d'une traite, oubliant un four qui sonnait et n'entendant pas arriver une voiture dans ma cours.
Mais quoi, mais qu'est-ce ? demanderont ceux qui découvriraient ici ce titre.
L'Orange Mécanique est l'histoire d'Alex, jeune plein de vie, particulièrement friand d'ultra-violence, de sang qui gicle bien rouge et de devotchkas aux formes généreuses. La nuit, il retrouve ses drougs avec qui il prend du bon temps en castagnant le quidam moyen, braquant les petits commerçants et violant à tout va. Le jour, il sèche les cours chez Pôpa et M'man où il récupère de ses nuits bien remplies avant d'aller quérir quelques disques de musique classique dont il est particulièrement amateur.
Or, ses drougs sont des traîtres, et voilà qu'Alex se fait prendre, juger, emprisonner. Un nouveau meurtre involontaire l'amène à se faire remarquer et le voilà cobaye idéal pour la méthode Ludovico, destinée à réhabiliter le criminel le plus endurci en le dégoûtant définitivement de toute forme de violence. Le lecteur comprend rapidement que Notre Humble Narrateur n'est pas seulement cobaye, mais aussi symbole, instrument, marionnette pour ceux qui lui infligent le traitement. Puis pour ceux qui prétendent l'aider à retrouver une vie normale.
Le texte prend aux tripes dès les premières lignes. L'écriture de Burgess, même traduite, est virtuose, les néologismes percutants et le personnage d'Alex aussi odieux que pitoyable. Odieux quand on y réfléchit objectivement, car la narration à la première personne et la déshumanisation de ses victimes posent une distance énorme entre ses actes et leur gravité. Son absence de moralité est totale, son plaisir dans la violence palpable, et, si la réaction sensée devrait être le rejet, il inspire aussi une immense sympathie. Parce qu'au fond, même avant d'être aux mains du système pénitentiaire, la faille est évidente. Coupable, mais pas responsable. Alex est le produit d'une société à la dérive. Qui finira par se délecter de l'image créée par Alex, sans s'interroger une seule seconde sur ce qu'elle cache.
L'homme est noir et sans espoir ici. A la méthode Ludovico près, ce monde est déjà un peu le nôtre.
Au final, un roman sain, une lecture à faire absolument, pour continuer à s'interroger sur le monde dans lequel on vit.
Je me referais bien Farenheit 451, pendant que j'y suis...