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  Journalsemilitteraire

Les scarifiés (China Mieville)

21 Mars 2009 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF

Je m'étonnais autant que me désolais il y a peu de ne pas voir fait d'article sur Perdido Street Station, pur chef d'oeuvre de China Mieville. L'erreur est presque réparée, en voilà un sur Les Scarifiés!
Cette merveille prend place dans l'univers de Nouvelle-Crobuzon, mis en place dans
Perdido Street Station. Rappelez-vous... (ou imaginez)... une ville qui ne ressemble à rien de ce qu'on a pu lire jusqu'à lors. Les Khépri, les homme-cactus, les Recréés... des espèces humanoïdes incroyables de richesse et d'innovation à notre époque où toutes les créatures semblent avoir été tentées par les auteurs de SF. Un monde où la thaumaturgie est un art complexe, où la fée electrycité est connue, la poudre aussi... un monde qui pourrait être steam-punk ou post-apo, mais n'est encore rien de tout cela. D'une solidité et d'une épaisseur digne de Tolkien, les descriptions à rallonge en moins.
Bref.
C'est cet univers qu'on retrouve dans Les Scarifiés. Les mêmes perturbations de l'esprit dès les premiers chapitres, qui font ce rappel ô combien sain: la SF est un genre intelligent, qui se mérite, pas question d'avoir l'esprit paresseux et de s'installer dès le début dans des repères mille fois donnés et manichéens.
Les Scarifiés s'ouvre avec l'histoire de Bellis Frédevin, linguiste qui fuit Nouvelle-Crobuzon pour une raison ignorée, à bord du Terpsichoria, énorme navire qui transporte des voyageurs classiques et une cargaison de criminels "recréés", c'est-à-dire qui ont écopé pour leur crime d'une modification corporelle conséquente et d'une condamnation à un bagne lointain.
Mais le voyage bascule: des pirates d'un genre nouveau détourne le Terpsichoria et ses passagers pour les déposer dans la légendaire cité flottante d'Armada, ville faite d'un agglomérat de navires volés et détournés depuis des siècles, ville dont la population se compose d'anciens pirates et de recréés comme de passagers arrivés là par hasard. Tous sont prisonniers de la ville, mais la plupart l'oublie rapidement, heureux de trouver une liberté rare et une société proche de l'idéal. Or Bellis n'a qu'une envie: quitter Armada. La suite n'est pas, comme on pourrait l'imaginer, une succession de plans improbables où Bellis tente de déserter.
Car l'Art de Mieville est de rendre hautement probables les évènements qui prennent place dans ses romans. Bellis est un pion, rien de plus, et l'histoire d'Armada ne se vit pas qu'à travers son regard. Tanneur Sacq, recréé aux tentacules qui reprennent vie dans l'eau, porte son propre regard sur la vie et l'histoire en cours de la ville, et confirme l'impression qui naît petit à petit: ce qui se déroule est un épisode politique, un moment grave et rare dans la vie d'Armada.
Je reproche souvent à la fantasy de me raconter des trucs sur des univers inexistants dont je me moque éperdument. C'est bien la dernière chose que je reprocherai à Mieville. Il crée des personnages forts, d'une complexité incroyable, qui font tout l'intérêt des histoires qu'il leur fait vivre, reflétant l'insaisissable du genre humain.
Il maîtrise aussi l'alchimie qui fait vivre un monde et rend avide de le découvrir.
Un roman exigeant et grandiose.
Je ne dirais qu'une chose: si vous ne l'avez jamais fait, lisez Mieville.


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Karine :) 22/03/2009 14:31

Je ne connais pas du tout... mais tu éveilles ma curiosité, en tout cas!!

Angua 22/03/2009 14:52


Comment, tu ne connais pas Mieville?
Bon, j'arrête de faire ma crâneuse, mais j'en profite pour dire que pour moi, il est vraiment l'un des plus grands auteurs de SF vivants. D'ailleurs, je ne suis pas la seule à le penser, il a eu
pléthore de prix (2 Arthur C.Clarke, 2 British Award, 1 Grand Prix de l'Imaginaire et.... 5 Locus!)
Je suis heureuse d'avoir éveillé une Saine curiosité en tous cas!