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  Journalsemilitteraire

L'autre rive (G.-O. Chateaureynaud)

29 Novembre 2008 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures curieuses

Enfin terminé!

Oui, enfin, car j'ai vraiment trouvé le temps long sur la fin (certes, je n'étais pas obligée d'y passer trois heures à la suite non plus, je l'admets!)

Pour résumer ce roman-fleuve, où rarement l'expression aura si bien été adaptée, il s'agit d'un moment d'adolescnce. Celle de Benoît Brisé, enfant adoptée par une chirurgienne devenue taxidermiste dans une ville où se font font embaumer aussi bien les notables que les créatures arrivées de l'autre rive du fleuve, le Styx, dans lequel se love Ecorcheville.

Un moment qui s'étale sur quelques jours à peine, mais déterminant pour Benoît. En perpétuelle quête de l'identité de son père, il attend avec impatience le retour en ville de sa mère biologique, comédienne à succès, en passant des soirées comme tant d'autres avec ses camarades et amis, Onagre et Cambouis, fils de notables de la ville, et Fille-de-Personne, orpheline dont il est aussi éperdument amour que conscient qu'il n'a rien à en attendre en retour. L'histoire en elle-même commencer par un accident bête: un domestique reçoit un trait d'arbalète un matin où les quatres amis se retrouvent chez Onagre, petit-fils du maire, appelé à remplir ce rôle dans les années à venir. Benoît, peu protégé par son état-civil roturier, fuit vers le musée-cathédrale où ils auraient dû passer la matinée pour observer les nouvelles créatures exposées, arrivées de l'autre rive.

Parmi ces créatures, un satyrion, adolescent chèvre-pied d'une douzaine d'années, a priori incapable de communiquer avec les humains qui lui font face, mais avec qui Benoît tisse des liens inattendus. La journée se poursuit par une audition au conservatoire, où Benoît espère obtenir les moyens de s'adonner à sa passion vélléitaire à plein temps: la lyre électrique, et il rencontre l'étonnante Géli, qui devient rapidement son amante...


Des évènements apparemment décousus, liés par leur étrangeté dans un univers où la bizarrerie pullule. Prenez par exemple les fusillettes: des cabines à suicide où pour une dizaine d'euros, la qualité minimum permet d'en finir vite et efficacement. Ou les pluies cycliques, dont les gouttes sont des salamandres ou des hannetons. Ou le marché aux esclaves, pratique toujours en vigueur.  Où l'isolement en apparence absolu d'une ville qui pourrait être voisine de la notre... car c'est finalement l'impression qui me reste de cette lecture: le personnage principal en est la ville et son incongruité, plutôt que ces personnages d'adolescents banals. Métaphore de notre monde sans valeurs et de son fonctionnement pénible? Mise en abyme des mythologies au sens large qui nous organise? Ou encore plaisir de faire de descriptions de plusieurs pages (sans paragraphes, si je le pardonne à Balzac, j'ai plus de mal à ne pas en tenir rigueur aux auteurs contemporains), l'intérêt réel du roman?


Ignorant ce qui est nominé en face, je me demande si le GPI était mérité pour ce roman. Je m'attendais à y trouver davantage de... libertés d'imagination, et un univers beaucoup plus décalé. Toutefois, j'admets que Châteaureynaud a une plume efficace et l'art de manier les mots, j'apprécie le plaisir fétichiste de la feuille où je gribouille des mots à vérifier dans une dictionnaire, et celui de tourner les pages sans m'ennuyer malgré des phrases interminables, dont la longueur est compensée par la poésie de la langue.

Bref. J'ai apprécié cette lecture, mais 200 pages de moins n'auraient pas manqué! Quand bien même l'univers d'Ecorcheville se doit d'être oppressant, l'art d'écrire de l'auteur suffisait amplement à nous le faire garder à l'esprit, sans qu'il y ait besoin d'insister.

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