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  Journalsemilitteraire

Morwenna (Jo Walton)

29 Juin 2014 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF

Morwenna (Jo Walton)

J'ai beaucoup lu ces derniers temps, et ce n'est pas le choix des sujets qui manque pour fournir de nouveaux articles à ce blog. J'aurais même pu me dire que les visiteurs égarés ici ont déjà entendu parler de Morwenna, qui n'est pas passé inaperçu à sa sortie, et pour cause. Pas moins de trois prix prestigieux (un Hugo, un Nebula, un British Fantasy, il nous manque le Locus, mais j'ignore quelles sont les dates butoir pour y être éligible... et entre nous, vu qu'un certain Neil Gaiman l'a obtenu cette année, la surprise serait plutôt de ne pas trouver le nom de Jo Walton dans la short list).

Quand les cris au chef d’œuvre sont aussi unanimes, il y a de quoi se méfier, mais quelques lecteurs de mon entourage qui ont toute ma confiance se sont enthousiasmés aussi, et voilà, à mon tour, j'ai lu Morwenna.

Morwenna a une quinzaine d'années et vient d'être confiée à la garde de son père, disparu à sa naissance. Sa sœur jumelle a perdu la vie dans un accident de voiture, accident dans lequel Morwenna a elle-même été gravement blessée au point de ne plus pouvoir espérer marcher sans canne. Un bien maigre chagrin à côté de celui d'avoir perdu sa moitié. La folie de sa mère pousse Morwenna à fuguer pour se réfugier auprès des services sociaux, qui la confient à cet inconnu qu'est son père.

Inconnu, vraiment ? Sans s'être jamais parlé, ils ont pourtant en commun le goût de la lecture, et de la science-fiction en particulier. Leur relation n'a pas le temps de se développer, Morwenna se retrouvant inscrite dans le sombre pensionnat qui a déjà vu passer ses tantes, mais le lien de Morwenna aux livres ne fait que s'étoffer et se confirmer, omniprésent dans le journal qui nous dévoile son quotidien, et mêle son esprit rationnel et cartésien à ses relations étonnantes avec les fées. Car Morwenna a grandi dans ces régions sinistrées du Pays de Galles où les anciennes fonderies sont devenues friches, abritant le Petit Peuple avec lequel elle a noué des liens durant toute son enfance...

Et pourtant. Morwenna est aussi un roman terriblement réaliste et rationnel, qui ne peut que faire vibrer avec intensité le cœur de tout lecteur amoureux des livres, des bibliothèques et des librairies, a fortiori celui de SF qui connait ces soirées entre passionnés à se demander si tel ou tel auteur ne se serait inspiré de tel autre, à s'émerveiller devant les portes de réflexion ouvertes par tel roman, de la magie qui se dégage de tel autre... il démontre à quel point cette activité par définition solitaire qu'est la lecture crée des liens forts, rapproche, épanouit, bref, rend heureux.

La liste des bloggueurs qui ont lu Morwenna avant moi est trop longue pour que je les cite tous, mais vous pouvez lire l'avis de Lisbei, d'un Papillon dans la lune, de Lorkhan, de Cornwall, A. C. de Haene, Efelle... et s'il est encore besoin de preuves, cette ode à la lecture est déjà l'origine de son propre challenge.

 

 

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Anti-Glace (Stephen Baxter)

26 Juin 2014 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF

Anti-Glace (Stephen Baxter)

Si l'on en croit une légende aborigène, l'Anti-Glace serait d'origine extraterrestre et devrait sa présence sur Terre à la fin de course d'une comète au Pôle Sud. L'Angleterre dispose du monopole de l'exploitation de cette matière mal connue, mais aux propriétés énergétiques incroyable... si incroyable que la guerre de Crimée vit l'avènement d'une nouvelle arme de destruction massive qui détruisit Sébastopol sans faire de détail.

Grâce à son frère témoin de ce massacre, Ned Vicars a conscience de la puissance destructrice de l'AntiGlace, même si son poste de diplomate l'éloigne des champs de bataille. C'est d'ailleurs à la veille de la guerre de 1870 qu'il profite de la soudaine disparition de la délégation prussienne qu'il était chargé d'accompagner, qu'il décide de se rendre à l'inauguration du Prince Albert, gigantesque paquebot terrestre destiné à parcourir le continent et nourri à l'AntiGlace. Il y retrouve Josiah Traveller, ingénieur au nom prédestiné et génie de l'AntiGlace, et tandis qu'une visite de curiosité le fait monter à bord du Phaeton, machine volante unique en son genre, l'impensable se produit : un attentat est déclenché contre le Prince Albert, l'engin volant dérobé... et en route pour la lune, avec à son bord trois gentlemen et un serviteur dans la plus pure tradition vernienne, isolés dans une cabine (luxueuse) de la passerelle où l'un des terroristes garde les commandes...

Je n'irai pas plus loin dans l'intrigue, dont on pourrait croire ici avoir l'essentiel. En réalité... le scénario se construit en deux temps qui m'ont laissé une triste impression de déséquilibre. Si l'aventure spatiale à la sauce steampunko-vernienne (ça doit bien pouvoir se dire) est une mon sens une agréable réussite, malgré quelques pensée mièvres de la part du narrateur, le rebondissement qui lui succède une fois le plancher des vaches retrouvé m'a paru bien fade et convenu... ne crachons pas trop sur ce roman : l'ambiance a un côté désuet qui n'est pas pour me déplaire, et le tout m'a donné des envies de relire du Verne.

Une remarque tout de même en guise de conclusion... des romans du Belial, je commence à en avoir lu un paquet, et pour la première fois, les coquilles m'ont sauté aux yeux... c'est dommage.

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La mort peut danser (Jean-Marc Ligny)

21 Juin 2014 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF

La Mort peut danserJ'ai déjà eu l'occasion de clamer, ici ou ailleurs, l'admiration que j'ai pour les romans d'anticipation de Jean-Marc Ligny (Aqua TM, Exodes, pour ne pas se priver de les citer à nouveau).

Nous voilà dans complètement autre chose avec La mort peut danser. Il s'agit d'ailleurs de la réédition d'un roman paru dans la défunte collection Présence du fantastique, où Le Corridor de Gudule m'avait laissée sur ma faim. Cela additionné à l'opération Rock&Sf chez Folio, j'étais à la fois curieuse et inquiète, car si je sais que les liens entre SF et machine, a fortiori musique rock, sont souvent forts, je suis régulièrement frustrée par des romans à "ambiance musicale", dont 90% semblent avoir pour élément clef des morceaux dont je n'ai jamais entendu parler.

C'était le cas du groupe Dead can dance, mais, heureusement, inutile de les connaitre pour se plonger dans l'histoire de ce couple d'artistes qui quitte l'Australie pour retrouver l'Irlande natale d'Alyz et y tenter une nouvelle carrière. Malgré la vétusté et l'isolement du manoir familial où ils emménagent, Alyz est aussitôt fermement décidée à ne plus quitter cette terre et d'étranges crises d'absence la frappent de temps à autre, la laissant désorientée en des lieux chargés d'histoire... ou face au public envouté pour qui elle chantait.

L'histoire parallèle de Forgaill, banfile, i.e. poétesse aux pouvoirs magiques, qui vécut au Moyen-Âge, s'entremêle à celle d'Alyz. L'évidence s'impose rapidement au lecteur : nous voilà face à un bon vieux cas de réincarnation et ce que tout le monde identifie comme des symptômes de folie chez Alyz est bel et bien la manifestation de forces qui nous dépassent...

L'ensemble est convenu, même si on peut toujours se demander quel forme prendra la fin de ce genre d'histoire, mais c'est un roman qui se laisse lire. On est quand même face à un auteur qui sait écrire, et si l'intrigue m'a moyennement enthousiasmée, l'ambiance landes désolée et vieilles légendes, dont je ne suis pas une grande fan, lui donne un peu de saveur.

Ce que j'en retiendrai, par contre, c'est vraiment la découverte de Dead can dance et de sa musique complètement planante...

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Epépé (Ferenc Karinthy)

14 Juin 2014 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures curieuses

Épépé

Il semblerait que j'ai atteint ici les 45 jours d'inactivité qui valent le débarquement de publicité... oui, bon, me revoilà, pas la peine d'être désagréable, OB !

Avec une bizarrerie fraichement lue. Sur la bandeau, Emmanuel Carrère annonce "George Perec aurait adoré Epépé ! "... rien que ça.

Et bien... peut-être n'a-t-il pas tort.

Epépé est une histoire absurde. Budaï, linguiste de son état décolle pour un congrès à Helsinki mais se retrouve bêtement dans un avion qui l'emmène ailleurs. Où, il serait bien en peine de le dire : il ne comprend strictement rien à la langue dans laquelle on lui parle, et malgré sa formation polyglotte, ne trouve aucun langage commun à quelque interlocuteur que ce soit. Par chance, un bus le dépose dans un hôtel où il parvient à prendre une chambre qui deviendra son seul refuge dans la nouvelle vie ubuesque qui s'offre à lui. Ses talents de linguiste, ses connaissances nombreuses de codes culturels variés, sa bonne volonté, son désespoir, rien n'y fera : toute communication est impossible et il ne peut ni trouver comment quitter cette agglomération grouillante de monde, ni comment envoyer le moindre message à ses proches.

Il y a du grotesque, de l'absurde, et de l'angoissant dans ce récit. Des longueurs peut-être aussi, tant les situations où le pauvre Budaï tente de se faire entendre sont nombreuses, jusqu'à la fin qui laissent les possibilités s'ouvrir sans lever le mystère sur cet endroit en marge du monde, qui ressemble à la fois à partout et nulle part...

Je reconnais m'être ennuyée à plusieurs reprises, mais m'être laissé fasciner par le parcours de ce héros perdu et dépassé par les événements au point d'aller au bout sans trop souffrir en fin de compte. L'intérêt du texte est ailleurs que dans l'intrigue, il s'agit plutôt ici de se poser la question, les questions du limite du langage, de sa science et du contact avec l'autre. Car là est en partie le nœud du problème : dans cette ville où tout va vite, trop, toujours, quel temps reste-t-il aux individus ?

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