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  Journalsemilitteraire

Quadruple assassinat dans la rue Morgue (Cécile Duquenne)

17 Octobre 2012 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures d'après Minuit

quadruple.jpgUne urgence réelle m'a fait plonger dans ma liste de trucs à lire pour y trouver ce qu'il y aurait de plus léger, voire si je n'avais pas eu la présence d'esprit de glisser un niaiserie dans le tout... je me suis donc penchée sur Quadruple assassinat dans la rue Morgue, sous-titré Les Nécrophiles anonymes.

Népomucène est un employé de la morgue plutôt asociale, mais qui sait choisir ses amis avec discernement.Tant de discernement, d'ailleurs, qu'il n'en a qu'un (bon ok, deux, si on compte Edgar, taxidermiste), mais quel ami ! Un dénommé Robert Joachim Charles-Henri de Bruyère, alias Bob, vampire de son état. Les nuits passent vite à siroter de la Jupiler et à tenter de réanimer dans chatons, entre deux obligations professionnelles pour Népomucène.

Or, quatre assassinats d'une rare sauvagerie ont lieu aux portes de la morgue... il s'avère que les victimes ne sont autre que des collègues (bien peu côtoyés) de Népomucène, qui aurait pu faire partie du nombre ! Le doute n'est pas permis, un loup-garou se laisse copieusement aller à ses instincts... il est temps d'agir pour Bob, et c'est ainsi qu'il reprend contact avec son vieil ami Basil, unijambiste accompagné d'un vampirroquet un peu trauma qui braille en boucle "Pièce de huit ! ".

Je cherchais quelque chose d'agréable et de distrayant (surtout distrayant, très distrayant, extrêmement distrayant. Vous savez, lire pour oublier ? Je trouve toujours ça plus sain que de boire), une histoire dans laquelle s'engouffrer sans avoir à réfléchir, mais suffisamment bien écrite pour la lire sans pester à chaque page. Quadruple assassinat... fut un choix idéal.

J'aurais envie d'écrire que nous sommes dans de la bit-litt à la française, parce que tout en brassant vampires/garous/émois sentimentaux (mais pas trop), on s'éloigne un peu des sentiers battus. Pas de greluche libérée-femme-forte-de-fort-caractère-à-forte-poitrine au premier plan, sur un schéma classique, des relations ambiguës entre personnages, des personnages qui ont un peu de corps justement... je n'en garderai pas un souvenir indélébile, mais ce fut fort agréable ! Et quand je pense au jeune âge de Cécile Duquenne, je me dis que je suis déjà impatiente de voir ce qu'elle écrira dans quelques années, car le tout reste très prometteur.

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Le Monde tous droits réservés, Au réveil il était midi (Claude Ecken)

12 Octobre 2012 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF

monde.jpgJ'ai enfin lu Claude Ecken.

Concrètement, j'ai découvert ses nouvelles il y a quelques mois avec Au Réveil il était midi, dont je n'avais pas encore pris le temps de vous parler en détail, mais après avoir lu Le Monde tous droits réservés, je ne peux plus passer à côté d'un billet sur le sujet.

Je commencerai par cette lecture, la plus récente, qui n'a pas volé son GPI, ni les deux Rosny qui récompensent des nouvelles du recueil.

Il nous y parle de nous. De l'homme, de ce que nous faisons du monde, de ce qu'on pourrait en faire, avec un degré de réalisme fascinant. L'argument science-fictif est bien présent à chaque fois, mais fait froid dans le dos par la véracité des situations proposées. La nouvelle éponyme, par exemple, met en place un monde où l'information est copyrightée et devenue marchandise à part entière. Oh, bien sûr, l'exclusivité a une date de péremption et les médias finissent par être plusieurs à diffuser le message... mais quid d'analyse réelle, de regards entrecoupés sur les faits à chaud, lorsqu'ils intéressent le chaland ? D'ailleurs, à l'époque où les groupes de presse laissent parfois songeurs sur leur indépendance, l'info ne commence-t-elle pas parfois à nous sembler douteuse ? Foin d'extrémisme et de théorie du complot ici. Juste une réflexion poussée jusqu'au bout.

L'unique pose la question de l'eugénisme, et, par la même occasion, celle de l'uniformisation. Dans une société où les humains répondent à un cahier des charges lors de leur conception, faire un enfant naturellement tient de l'hérésie. Tout le monde veut se démarquer, en restant frileux sur la démarche, mais celui qui l'est par nature devient le monstre... l'altérité ne s'accepte qu'à certaines conditions dans le procès qui condamne l'insouciance de parents à l'ancienne.

Ces deux textes sont ceux que j'ai trouvé les plus forts, mais, en plus de l'ensemble, j'ai également été marquée par Edgard Lomb, une rétrospective, où un pionner de l'échange de corps intergalactique comprend la souffrance d'être humain, ou encore par Eclats lumineux du disque d'accrétion, nouvelle incroyablement actuelle et engagée, qui pose la question d'une logique sociale absurde et poussée à l'extrême.

 

Cette nouvelle résonne avec Au réveil il était midi, où la SF à proprement parler est discrète, reveil.jpgténue, extrêmement ténue... si subtile qu'elle semble parfois absente, et qu'il faut se raccrocher à ce qui fait la fiction dans chaque récit pour le rendre supportable. Pas, ou très peu, de matière scientifique à l'origine de chaque situation, simplement un travers politique, administratif poussé au bout de sa logique. C'est dur, c'est brutal, ça prend aux tripes, surtout quand les échos sont forts dans le monde réel. Sparadrap et bouts de ficelle, par exemple. Si on vous a déjà raconté, si vous avez déjà vécu, un rendez-vous avec un conseiller Pôlemploi, renvoyé douze fois votre dossier complet remis sept autres en mains propres, vous savez que la réalité n'est pas loin de la fiction. La Morale de l'histoire m'a encore plus interpelée. J'ai été TZR huit ans, et TZR chanceuse. Quand j'expliquais à chaque veille de rentrée, que non, aucune idée d'où je serais le lendemain, que oui, je pouvais être sur plusieurs établissements, que non, jamais je n'avais été formée à une bonne partie de ce que je suis censée enseigner, on ouvrait des yeux effarés autour de moi. Et pourtant. c'est tellement peu de choses dans un système éducatif en déliquescence. Voir débarquer les chiens en quête de drogue, la police dans l'établissement, ce sont des choses qui arrivent. Le pistonnage intensif aussi. Base Elèves. Et les dérives qui vont avec... aussi.

J'évoquerai aussi La Petite fille entre deux mondes, et les centres de détention réservés aux étrangers qui y sont dépeints. Vous savez bien, on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, hein ? C'est vrai. Il n'empêche que derrière ladite misère, il y a des hommes et des femmes. Qui ont des enfants. Que j'ai eu face à moi l'année où j'ai enseigné en classe d'accueil. Que je retrouve maintenant que je suis estampillée "ex-prof de CLA" et qu'ils arrivent en "intégration" (joli mot pour dire qu'en un an, hop, la magie opère, tout le monde est parfaitement francophone).

Bref... ce recueil m'a très sérieusement prise aux tripes. Je l'ai détesté, et j'ai adoré le détester : je l'ai détesté parce qu'il montre des choses justes, des dérives qui ne sont pas à exclure, insoutenables pour celles déjà réelles... et par ricochet, j'ai adoré la force magistrale qui se dégage de l'ensemble. Ce recueil est insoutenable, mais salutaire.

 

Une fois n'est pas coutume, pour prolonger cet article, je vous conseille très vivement un lien où écouter Claude Ecken parler de son dernier recueil, accompagné d'Alain Damasio. Tous deux nous parlent d'engagement et d'écriture, et c'est juste passionnant.


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Liste à lire, acte II

7 Octobre 2012 , Rédigé par Angua Publié dans #Un journal semi-littéraire

C'était sans grande conviction que je tapais "ce qu'il aurait été bien que je lise avant les Utopiales", il y a un mois de cela. Je ne sais pas vous, mais j'ai toujours l'impression que je n'aurai jamais le temps de lire ce que je veux à temps, même si j'ai passé l'étape du "je ne lirai jamais tout ce que contient ma bibliothèque". C'est un peu triste, mais ça soulage. Et on emprunte et achète des trucs avec moins de remords après, je vous assure.

En rédigeant, cette liste, je me trouvais prétentieuse. Je ne me rendais pas compte, surtout depuis que ce blog est délaissé, que je lisais quand même un peu plus que trois bouquins par mois... vu que j'en suis venue à bout beaucoup plus tôt que je ne le croyais, je me dis que c'est peut-être un bon moyen de trier l'urgence de lecture...

 

C'est donc reparti pour la programmation des prochaines lectures !

 

Le cycle de Lanmeur, tomes 1 et 2, Christian Léourier Tome 1 finiet le 2 aussi, le 21 octobre  !

Black Out, Connie Willis Fini le 23 octobre

Le monde tout droits réservés, Claude Ecken (fini à l'heure où je publie ce billet)

Le Quart Livre, Rabelais (déjà lu et aimé... mais il me fait un peu peur à chaque fois...)

Et d'Avalon à Camelott, anthologie réalisée par Lucie Chenu

Une brève histoire du temps, Stephen W.Hawking

Points Chauds, Laurent Genefort

Le Messie de Dune, Frank Herbert

Galaxies n°19

Quadruple assassinat dans la rue Morgue, Cécile Duquenne Fini le 16 octobre

Le Journal des faux-monnayeurs, de Gide

Lettres de 1671, de Sévigné OU Les Confessions de Rousseau (oui... indispensables relectures... je me suis encore inscrite à l'agrégation à ceci près que cette fois, je voudrais la préparer, au moins un peu... )

Noir sur blanc, Ketty Steward (oui, c'est un rajout, il était tellement évident pour moi que je le lirais que je ne me suis pas senti obligée le mettre) Fini le 14 octobre !

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Brèves de septembre

3 Octobre 2012 , Rédigé par Angua Publié dans #Un journal semi-littéraire

Je n'aurai pas le temps de m'étaler à leur sujet, mais quelques mots néanmoins sur ce qui m'est passé dans les mains ce mois-ci...

 

tangences.jpgTangences divines, de Franck Ferric : de l'histoire de divinités déchues. Et un peu pénibles avec l'humain sur le poil duquel elles sont tombées, il faut bien le dire. Pour une fois, foin de naissance prédestinée (quoi que...), un brave égoutier se retrouve victime du jeu des dieux, perd son boulot, sa femme, et même sa vie (temporairement), avant de tous les planter là et repartir de zéro.

J'ai adoré. Il faut dire que l'auteur était parti avec la bonne citation en ouverture, me parler du temps où régnait le Grand Pan, c'est taper fort dans ma jeunesse rebelle, un bout de mon passé universitaire (oui, j'ai travaillé sur Georges en maîtrise, et laissé tomber au bout de quelques mois après avoir rencontré Joël Favreau. Ou comment, trop tôt, j'ai su que marier passion viscérale et réflexion n'était pas toujours le meilleur moyen de se faire plaisir)

 

Cette chère humanité, de Philippe Curval. Auteur à mettre sans hésiter du côté des chere-huma.jpggrands Anciens, de ces précurseurs/fondateurs/connaisseurs/que sais-je encore de la SF... c'est quelqu'un pour qui j'ai beaucoup d'admiration et une affection particulière, car il a ceci de spécial que pendant très longtemps, Curval était pour moi "ce gars qui cause SF dans la Magazine Littéraire", auquel j'ai été abonnée près de quinze ans. Un peu déçue par Regarde Fiston s'il y a un extra-terrestre cahcé derrière la bouteille de vin, je m'étais toujours dit que j'en lirai autre chose un jour.

Ce fut donc Cette chère humanité. Bon. Bien, bien, bien. Le moins qu'on puisse dire, c'est que la lecture fut ardue. Loin d'être inintéressante, mais la mise en abyme des univers et les reflets entre les personnages et les situations forment un texte pointu, qui ne peut se percevoir qu'en prenant le temps d'y réfléchir. L'ensemble est extrêmement dense, et m'a laissé l'impression d'une lecture fatiguante, sans être pour autant totalement désagréable. De ces bouquins sur lesquels j'aime parfois me faire des noeuds en cerveau... mais le pauvre est un peu trop sollicité ailleurs pour l'instant.

 

dune.jpgIl y avait un moment que je voulais me replonger dans Dune. Plonger est le mot exact : les deux tomes m'ont occupée peu de temps ! Inutile que je présente la Bête, je crois, mais une quinzaine d'années après la première lecture, c'est différent, mais toujours aussi bon... et on se prend à voir des vers partout. (J'en profite pour remercier ma copine E., l'une des rares à prendre le risque de m'offrir des bouquins de SF, et qui était tombée sur un classique qui ne figurait pas encore dans mes étagères en choisissant le premier tome !)


Et dans la catégorie "relectures qui font du bien", j'ajouterai Les Faux-Monnayeurs, de Gide. Adoré quand j'étais à la fac, la magie opère toujours. Même si certains passages me semblent poussiéreux (la faute de ma vieille édition jaunie?), le questionnement sur la création littéraire est permanent, comme une impression de puzzle où la majeure partie des pièces seraient des miroirs combinables à l'infini... j'ai hâte de compléter ça avec Le Journal !

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Sanshodo - La voie des trois vérités (Jean Milleman)

3 Octobre 2012 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF

sanshodo.jpgÔ que voilà une belle surprise...

Je l'avais mis dans ma liste du mois dernier parce que j'étais curieuse de le lire, après divers avis oubliés (oui, c'est le meilleur usage que je fais des critiques/chroniques/autres : quand quelque chose semble susceptible de m'intéresser, je note le titre et m'y plonge quand j'ai l'illusion de ne rien en savoir). La surprise vient de ce que j'avais imaginé et de ce que j'ai trouvé : Ad Astra ? J'en ai lu Les Pilleurs d'âmes (que j'ai adoré), Et pour quelques gigahertz de plus, bien aimé mais sans plus. Et commencé Métaphysique du vampire (mis de côté et pas encore repris). Ces trois titres ont un commun l'aventure pure et dure, une fausse légèreté qui rend la lecture facile sans être pauvre pour autant. Dans tous les cas, un éditeur qui me plait. L'auteur ? Connu seulement de nom, sans être capable de dire pourquoi. Le titre ? Une histoire d'influence japonisante, sûrement. Je crois que c'est ce dernier a priori qui m'a fait l'ouvrir en dernier.

 

Dès les premières pages, tout ce que j'imaginais a été balayé. Sanshôdô réunit trois nouvelles qui prennent pied dans le même univers : les aliens, un certain nombre d'espèces, ont pris contact avec les terriens, soucieux de ne pas négliger ces créatures sapiens.

Lanatkka-Nagui, est le récit du premier humain à se déplacer sur la station orbitale alien, afin de préparer au mieux l'organisation de celle-ci pour accueillir ses semblables de la catégorie "dignitaires". Il y découvre des espèces qui ne sont pas encore venues sur Terre, dont une Nagaï, créature humanoïde écailleuse, mais qui possède la douceur de l'intelligence et de la sagesse. Bien sûr, l'homme envoyé est missionné par ses supérieurs pour glaner un maximum d'informations et en faire profiter son pays, puisqu'il est évident que les aliens sont louches, ont tout à apporter et cachent l'essentiel aux hommes... or, si les E.T. sont bien d'accord sur quelque chose, c'est le partage de la connaissance, justement. Les technologies et la science n'ont pas de sens dans le secret. Un fossé sépare les cultures et les espèces, mais ce sont des individus qui se rencontrent ici, et s'aiment, et se complètent, dans une utopie qui prend surtout la forme d'un dialogue aux accents philosophiques et qu'on aimerait voir durer.

Il s'achève pourtant avant le second récit, Leboeuf se paye une toile. On doute du rêve d'une cohabitation hommes/aliens sans heurts à l'ouverture de cette nouvelle : Leboeuf est policier, chargé d'enquêter sur une scène de crime incluant hommes et Araignée, du surnom d'une espèce entrée en contact avec l'homme. Or, il est à nouveau question d'amour ici, et de découverte de l'autre... là encore, la rencontre a mal tourné, mais sa fin tragique est le résultat du tâtonnement face à la nouveauté de l'autre.

Le dernier texte, Trois petits pas sur le chemin de la sérénité, fait écho au premier, prolongeant l'échange autre l'Homme et l'Autre. Cette fois encore, un homme va à la rencontre d'un alien, mais sur sa planète cette fois, non plus dans un lieu aménagé. Juriste (ou peut-être philosophe ?), il a la chance d'aller à la rencontre de l'Ancien, plus vieil être vivant de l'univers, pour partager sa sagesse. L'idée de départ était d'avoir de la matière pour résoudre les inévitables litiges qui se poseraient entre E.T. et terriens. Une cérémonie du thé plus tard, à l'instar du héros du premier récit, l'homme sait que le détail légal est foutaise et que ce qui permet aux intelligences de vivre ensemble réside ailleurs;

 

J'ai adoré ce recueil. J'aime les récits noirs et sombres car je les trouve bien souvent plus efficaces que ce qui est rose, je crains toujours de tomber dans la mièvrerie, nous sommes à des années-lumière de l'angélisme ici. Et pourtant. Et pourtant, ces nouvelles sont belles, par leur écriture, déjà, mais par les idées qu'elles développent surtout, que ce soit celle du sapiens toujours en quête de son prochain, qui ne peut que lui apprendre, ou celle du partage de la connaissance comme richesse... il y a un espoir et un humanisme profond dans Sanshodo. L'optimisme et la foi en l'homme... ça fait du bien, en fait.

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