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  Journalsemilitteraire

Le tag des 15 a frappé ici!

19 Novembre 2010 , Rédigé par Angua Publié dans #Un journal semi-littéraire

Ce qui est bien, quand on est en retard dans un tas de trucs, c'est qu'il arrive un seuil où on prend conscience qu'il ne sert vraiment plus à rien de se presser.

 

Voilà comment ce soir, au lieu de répondre à des dizaines de mails, en écrire des dizaines d'autres, corriger des monceaux de copies, causer des bouquins de l'énooooorme pile de choses lues à chroniquer, raconter mes Utopiales ou aller lire celles des autres, faire un tour sérieux de ma page Netvibes pour me mettre à jour dans les blogs que je suis, ou que sais-je encore... je n'ai plus besoin de chercher ce qu'était ce tag des 15 qui s'affiche de tous les côtés, car il vient de me tomber dessus à mon tour!  Grâce à Messaline. Après ma semaine overbookée, j'ai pris la sérieuse décision de ne rien faire de sérieux ce soir, me voilà donc dans l'état d'esprit idéal pour y répondre.

 

Quinze auteurs... en vrac, comme ça, il suffit d'en faire une liste. (et de tagger 15 personnes après, mais je laisserai pratiquer l'auto-tag à ceusses qui le souhaiteront, je ne suis pas sûre de trouver 15 innocents par qui ce tag n'est pas encore passé!)

 

Pas vraiment de cadre, autant dire une liberté totale dans nos choix! Voilà donc comment je me retrouve à raconter ma vie alors que mon anonymat, mon précieux anonymat...

Je commencerai par les auteurs qui ont marqué une étape décisive dans ma vie de lectrice...

 

Philip Ebly: Non, n'allez pas ouvrir un de ses romans. Je les trouve totalement illisibles aujourd'hui, mais cet auteur a une place particulière car il m'a ouvert les portes de la SF quand j'avais une dizaine d'années... j'ai dévoré toute la collection de la bibliothèque municipale, en bibliothèque verte, en trouvant que franchement, les voyages dans le temps et les aliens téléphates, c'était trop fort. Ah, quand j'étais jeune...

 

René Barjavel: Ma 2e étape dans la SF, je pense... au collège, je cherchais avec acharnement les romans que je n'en avais pas lu. J'avais même larmoyé sur Tarendol et La Nuit des temps... puis j'ai vieilli. Relu Ravage. Et la rupture a été consommé, mais lui aussi m'a procuré de grands moments de lecture.

 

Philip K.Dick: Peut-être pas le "3e" chronologiquement, mais celui qui m'a fait entrer dans la cours des grands... Glissement de temps sur Mars a été ma première "claque littéraire". Le premier bouquin qui m'a fait m'interroger sur le monde qui m'entourait, la vision que je pouvais en avoir et... la folie, la vie, la mort, le temps... Dick, quoi!

 

Terry Pratchett: Est-il encore besoin de le dire?

 

Alain Damasio: Aucune originalité dans ce choix chez bon nombre de lecteurs de SFF. Mais franchement, la Horde du Contrevent, ça, c'est un roman qui démet les idées de leur place et fait du bien.

 

Deux cas à part dans ma vie de lectrice et ma vie tout court:

Thierry Di Rollo: ... comment vous le dire? Il y a eu Meddik. Il y a eu un échange de mails. Il y a eu Les Trois reliques d'Orvil Fischer, commencé un matin dans les transports en commun. Difficile d'expliquer ce qui lie la réalité et la fiction, mais ce roman m'a fait connaître une émotion unique.

 

Pierre Gévart: Comme le précédent, il y a un mélange de l'homme et de l'auteur qui me font penser spontanément à lui. J'ai lu peu de ses textes (quelques nouvelles), mais je lui doit bien ça, et puis spontanément, si je dois choisir 15 auteurs, il en fait partie sans que je me pose la question!

 

Trois cas bien particuliers aussi (ou l'instant vaguement psychanalytique):

George Sand: parce que je lui dois mon prénom, d'une part, et d'autre part parce qu'un jour où la vie était immonde, je me suis engouffrée dans Consuelo. Et que c'est un roman magnifique, et que parfois la littérature est la meilleure des drogues.

 

Amin Maalouf: pour une phrase, juste une phrase de Léon l'Africain. Mon père était mort du jour au lendemain quelques semaines plus tôt, et j'avais une poignée d'heures à passer dans le train pour aller voir une amie à l'autre bout de la France. Ce fut la période la plus sombre de toute ma vie. Un personnage perd son père, lui aussi. Et un de ses oncles lui dit qu'il faut pleurer quand on perd ses enfants, car perdre ses parents est dans l'ordre naturel des choses, aussi douloureux que ce se soit. C'était il y a près de dix ans, je suis toujours inconsolable même si j'ai fini par accepter la réalité de son absence. Mais sur le moment, cette réflexion était celle qu'il me fallait.

 

Georges Brassens: parce que j'ai grandi avec lui. Commencé une maitrise sur ses textes (et sa représentation de la femme et de l'amour libertaire très précisément), jamais terminée, mais qui m'a permis de faire le deuil de mon père, perdu quelques mois plus tôt, et grâce à qui le Gorille a figuré au rayons "comptines" une bonne partie de mon enfance.

 

Les autres:

Alain Robbe-Grillet: parce qu'il a écrit ce que je trouve du plus inhumain dans la littérature, et le type de roman que je déteste au plus haut point. Objectivement, ok, il y a ... des qualités? Mais viscéralement, non, c'est juste pas possible, merde.

 

Racine: Parce que comme Robbe-Grillet, j'ai commencé par le détester. Puis j'ai étudié Phèdre une 3e fois (la joie des études littéraires...) avec un prof formidable et... j'ai connu une sorte de révélation. Depuis, j'adore Racine...

 

Tiens, fin de la spontanéité...ceux qui me viennent en cherchant un peu maintenant:

China Mieville: J'adore ce qu'il écrit... mais il ne serait peut-être pas venu si vite si je ne l'avais vu à Nantes ce week-end! (aveu: oui, je suis capable de faire ma groupie de base. Ehontément.)

Stephen King: parce que j'en ai dévoré de sacrées charettes à une époque!

Poppy Z.Brite: parce qu'Âmes perdues fut un grand moment de ma vie lycéenne.

 

... et en réfléchissant, je suis infoutue de me mettre d'accord avec moi-même pour un 15e! Molière, parce que je l'étudie chaque année avec mes élèves et y prends chaque fois plus de plaisir? Gabaldon, parce que j'aime me vider la tête dans ses romans entre minuit et deux heures dans les périodes de rush? Uderzo et Gosciny, parce qu'Astérix fut ma première BD fétiche? Frankin, pour ses Idées Noires? Baudelaire, Verlaine? Versins pour son dictionnaire?

 

 

 

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Le Roman de Renart

8 Novembre 2010 , Rédigé par Angua Publié dans #Utilitaires

 

 

Dans la série des livres qu'il n'est pas nécessaire de résumer.... J'appelle Le Roman de Renart!

(Ou comment je me fais parfois bien plaisir dans ce boulot, et que j'en profite pour alimenter ce blog)

 

Vous ne le savez pas, donc je vous le dis, mais s'il y a quelque chose que je lis avec presque autant de plaisir que la SF, ce sont les textes médiévaux. Autant dire que je me régale lorsque la grande loterie de l'EN m'octroie des 5e, ce qui est le cas cette année encore.  Chaque année, je mixe d'anciens cours et de nouveaux, et mon dilemme de cette année était le souvent: le Roman de Renart, en oeuvre intégrale ou non? Sachant que tout ce qui existe en éditions accessibles à des collégiens rassemble différents extraits... Voilà pour une fois un article presque professionnel!

 Pour préparer ce chapitre, je me suis fait plaisir en lisant tout un tas d'éditions...

 

renart-poslaniec.jpegNiveau "grand débutant": Le Roman de Renart, par Christian Poslaniec et François Crozat. Les illustrations nous montrent ici un Moyen-âge idéalisé, aux belles images en couleur d'une campagne rêvée où tous les animaux se côtoient et assistent aux forfaits du goupil lorsqu'ils n'en sont pas les victimes. Le texte est particulièrement intéressant car l'auteur a fait l'effort de le mettre en vers, respectant la tradition des clercs de l'octosyllabe, et nous présente ici les épisodes les plus connus des aventures du trompeur.

 

 

Niveau "un peu plus littéraire" (et résolument orienté "cours de français", ce qui à mon avis gâche toujours un peu...): Le Roman de Renart, collection Étonnants Classiques (GF Flammarion, 2008), établie par Christian Keime et Monique renart-etonnants-classq.jpgLachet-Lagarde. La traduction a le mérite d'être exigeante, et j'ai particulièrement savouré le premier chapitre, "La naissance de Renart et Isengrin", qui présente les origines bibliques des deux compères. Le reste du texte est lui aussi fidèle au style moyenâgeux, reprenant souvent l'expression du jongleur à son auditoire, et n'ayant pas peur d'utiliser un lexique exact. Hélas... si c'est l'édition que je préfère, la fréquentation quasiment quotidienne de mes élèves de l'année me l'a vite fait écarter, malgré les nombreuses enluminures et copies de manuscrits qui l'émaillent.

La présentation retrace l'itinéraire de Pierre de Saint-Cloud et sa découverte de l'Ysengrimus, avec de nombreuses allusions à la littérature de l'époque, avant de présenter l'histoire du texte. Enfin, le dossier propose quelques jeux sans grand intérêt, mais surtout d'autres textes qui permettent d'approfondir la lecture du Roman. Bref, une édition que je trouve finalement très bonne, mais davantage pour le professeur ou une excellente classe.

 

renart-belin.jpegL'édition Classicocollège (Belin Gallimard, 2010), par Pierre Mezinski et Marianne Chomienne, me parait beaucoup plus accessible au collégien moyen. Une très courte introduction précède un préambule en vers  avant que les épisodes les plus connus ne se succèdent, entrecoupés d'"arrêts sur lectures" tout-à-fait envisageable en autonomie pour les quizz et en classe pour le reste. Le dossier qui suit propose lui aussi un groupement de textes à mettre en parallèle avec l'oeuvre, de nouveaux exercices de compréhension ou de vocabulaire? Quelques réflexions thématiques pas inintéressantes mais là encore davantage destinées à l'enseignant.

Mais... nous voilà dans le dilemme qui me ronge un peu trop souvent: ce qui est trop rendu accessible en devient édulcoré. Et les textes choisis ici valent le groupement de textes qui se trouve dans beaucoup de manuels... voire, sont en-deça de la qualité du Poslaniec dont je parlais plus haut.

 

Enfin, une édition bien littéraire et bilingue (juste comme j'aime!), le GF-Flammarion, établie par Jean Dufournet et Andrée Méline (1989 pour les exemplaires que j'ai eu entre les mains... ). Sans doute suis-je bien naïve... mais je suis renart gfpresque scandalisée que ce texte ne soit pas davantage lu! L'introduction retrace l'histoire du Roman de Renart, de l'Ysengrimus, et présente de manière simple et efficace le regard porté par les clercs sur les vilains de l'époque, ainsi que la portée des différentes branches du récit. Très vite, on (re)découvre que les aventures de Renart n'étaient pas de simples historiettes pour les enfants, et vont bien au-delà des images d'Epinal d'un loup à la queue coincée dans la glace ou d'un goupil fuyant avec un chapelet d'anguilles. Que ce texte s'inspire aussi bien du fabliau que de la noble chanson de geste, que de l'actualité, que du quotidien de l'époque... et qu'il est passionnant, et pas seulement parce qu'il permet de dérouiller son ancien français!

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