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  Journalsemilitteraire

La sagesse des morts (Rodolfo Martinez)

28 Juin 2010 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF

sagesse des mortsEt si, contrairement à ce que nous croyons, le docteur Watson et le célèbre Sherlock n'étaient pas des personnages de papier, mais bien des êtres de chair et de sang, dont l'obscur Conan Doyle n'aurait été que l'agent littéraire?

Si cela était, on pourrait toujours espérer découvrir ces récits jamais publiés, car contenant trop de secrets d'état ou avouant que la détective ne pouvait tout résoudre. Ou pire encore: ceux mettant à jour l'existence du Nécronomicon ou du comte Dracula, trop souvent relégués au rang de créations littéraires...

Ce roman n'en est pas tout-à-fait un. trois récits le composent, précédés d'un bref prologue expliquant comment le narrateur a pu entrer en possession de précieux manuscrits de la main de Watson (une sombre histoire d'antiquaire et de vieux coffre oublié dans un coin), et surtout suivis de commentaires qui appuient le réalisme de ce qui a précédé.

On retrouve sous la plume de Martinez ce qui a fait Sherlock Holmes. Enigmes en apparence insolubles, la Londres victorienne, un commissaire Lestrade dépassé, des raisonnements logiques entremêlés des réflexions de Watson... et, cerises sur le gâteau, un certain Lovecraft (père de), un plus loin, Van Helsing et le couple Harker... pour terminer sur une brève entrevue avec Borgès.

Je ne suis pas objective car j'aime beaucoup Sherlock Holmes, ce qui aurait pu être un handicap pour que j'apprécie ce livre... mais c'est justement ce qui a fait que je l'ai aimé. L'écriture et l'univers sont fidèles, et même si l'insertion du fantastique n'est pas sans rappeler une certaine mouvance actuelle, elle s'intègre ici parfaitement, rappelant à quel point le genre est lié avec le roman policier.

Un livre séduisant... dont on profite à mon avis beaucoup mieux quand on connait l'oeuvre de Doyle.

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Crocs! Confessions de la copine d'un vampire (Kattie Maxwell)

24 Juin 2010 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures d'après Minuit

crocs.jpgAprès une lecture aussi intense que Racine, il me fallait bien reprendre pied, non?


Francesca passe l'été à la Foire Gothique, foire itinérante, en Europe centrale, où sa mère réalise le projet de plusieurs années: faire la tournée de ses amies sorcières wiccanes d'Europe.

Fran se sent plutôt bien à la foire, même si le confort d'une maison lui manque quand il est l'heure de regagner sa caravane, et ce qui fait d'elle une bizarrerie passe inaperçu grâce à une paire de gants noirs, accessoires qui font bien couleur locale. Car Fran est psychométricienne: par un simple effleurement de la main, elle lit les pensées et les secrets les plus enfouis de celui qu'elle touche... Seule sa mère et son amie Imogène (morave de son état, comprenez, issue d'une famille de vampires, mais comme tout un chacun le sait, le vampirisme ne touche que les hommes) connaissent ce secret.

La vie de la foire est chamboulée quand, pour la troisième fois, la recette disparaît du coffre où elle est scrupuleusement rangée chaque soir. Au même moment, surgit Benedict, le superbe frère d'Imogène... Que croyez-vous qu'il arriva? Pour avoir la permission d'aller faire un tour de moto avec lui ( et accessoirement, conserver un vieux cheval acheté sur un coup de tête), Fran accepte de mener l'enquête et de surmonter le dégoût que lui inspire le fait de toucher son prochain. C'est alors qu'elle découvre que quelqu'un projette d'empaler Benedict...


Un roman bref, un roman frais, sans prise de tête ni chute dans la niaiserie (le potentiel était pourtant énorme au vu du titre), et ce fut un moment de lecture bien agréable. Une historiette d'amour bien loin de TWilight & Co, qui donne l'occasion d'une vraie pause de cerveau sans agacement sur la bêtise que les auteurs supposent parfois au lecteur.

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Mithridate, Britannicus, La Thébaïde (Jean Racine)

24 Juin 2010 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures classiques

... ou comment, après m'être inscrite à l'agrégation sur un coup de colère, je redécouvre le plaisir de la tragédie classique...


mithridate.jpegCar oui, cette triade aura fait réagir quiconque est au fait des programmes. J'ai commencé ma préparation avec Racine qui me paraît le nom le plus rassurant parmi les auteurs choisis cette année, une première lecture "naïve", de (re)découverte, pour une mise en bouche qui m'a fait du bien. Bref, pas vraiment du travail, finalement, donc, ça mérite un billet sur ce blog!


J'ai attaqué avec Mithridate, le seul des trois titres qui ne me parlait pas même si dans une autre vie j'ai suivi des études d'histoire. La mort de Mithridate, roi du Pont, vient d'être annoncé et ses deux fils, Pharnace et Xipharès, s'interrogent déjà sur celui qui lui succédera auprès de Monime, noble éphesienne, dont tous deux sont épris. Or, elle aime Xipharès... et le retour de Mithridate est bientôt annoncé.


Britannicus retrace les heures sombres du règne de Néron où il fit du ménage parmi ses proches. britannicus.jpgLa belle Junie reste insensible à ses avances, éprise de Britannicus, Agrippine tente par tous les moyens de se rapprocher d'un fils qu'elle a amené au pouvoir mais qui se libère maintenant de son joug... les ressorts tragiques s'emboîtent dans une mécanique parfaitement huilée, j'en viendrais presque à imaginer le sourire satisafait de l'ouvrir Racine devant une mécanique bien assemblée à la fin de cette pièce.


Et enfin, La Thébaïde... est-il besoin de la présenter? Pour le trône de Thèbes, Etéocle et Polynice se déchirent, au désespoir de leur famille. Si leur mère, Jocaste (note pour plus tard: je croyais naïvement qu'elle se pendait avant qu'OEdipe ne se crève les yeux et ne m'attendais pas à la croiser, premier point à élucider. Un bon prétexte pour se replonger dans Sophocle?) et leur soeur, Antigone, désespèrent de voir réunis les frères ennemis, Créon se réjouit en silence de leur guerre, attendant l'instant où il pourrait lui-même monter sur le trône... sans avoir envisagé que lui aussi pouvait perdre un fils, Ménécée, dans la bataille. Je trouve cette tragédie encore plus belle que la précédente. Même s'il s'agit d'une oeuvre de jeunesse, l'hécatombe des personnages met en place une bonne fois ce que doit être la tragédie.

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Entrechats (Cécile Duquenne)

20 Juin 2010 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF

entrechats.jpgCe n'est pas l'Egypte antique, et pourtant, cela y ressemble.

Shinab est une ville aux portes du désert. Le jour où le corps d'un sphinx, découverte inédite, est ramené en ville, Qâa confie l'autopsie de la dépouille à son frère Kephren avec qui il partage la même fascination pour les créatures magiques. Or, les choses tournent mal: après la découverte inattendue d'un énorme diamant en lieu et place de coeur de l'animal, Kephren est découvert aveugle, la langue arrachée et les doigts coupés après une agression d'une sauvagerie inexplicable. Qui est derrière cela? Pourquoi s'en prendre à lui?

L'enfer commence sur le lit d'hôpital de Kephren, qui doit apprendre à accepter la vie d'un infirme coupé du monde, tandis que la lutte s'accentue entre les Traditionnalistes, farouchement attachés à la magie et hostiles à toute idée de modernisme, et les Tech, qui pensent la cohabitation des fruits des sciences et de la magie des anciens possibles.

Or, la question risque de ne bientôt plus avoir à se poser: si les braconniers s'en prennent aux sphinx pour dérober leur coeur, ces garants de la magie la verront s'éteindre avec eux... les divinités encore vivantes décident d'intervenir, s'engageant dans un combat rendu complexe par une règle ancienne: hommes et dieux ne peuvent s'affronter directement...


Voilà un premier roman bien prometteur. Pour avoir suivi les aventures de sa publication sur le net, j'ai eu un peu de mal à lire avec le regard habituel, mais je me suis laissée happer au premier quart environ, pour me laisser simplement porter par l'histoire. Si quelques phrases semblent un peu maladroites, la plume est globalement sûre, riche, cultivée, et C.Duquenne a su adroitement dépoussiérer la mythologie égyptienne pour se l'approprier et créer un univers nouveau et innovant dans la fantasy. Un bon roman d'aventures, qui m'a séduite!


Par contre, je suis un peu déçue par ce premier contact avec les éditions Voy'[El]. Passée la couverture qui à mon avis dessert le contenu (mais bon, je n'y connais rien, mais alors rien en illustration, et il parait que les couvertures, que je en regarde jamais, c'est hyper-important), couverture qui dessert, donc, l'épaisseur des pages et la qualité du papier sont vraiment agréables sous les doigts. J'aime le papier épais et la mise en page aérée.

Mais alors pour ce qui est de la ponctuation des dialogues.... oh, misère. Si un euro était offert au lecteur à chaque tiret cadratin oublié ou surnuméraire, le roman serait sans doute remboursé deux fois, et c'est bien dommage pour un roman aussi bon, qui méritait mieux.

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Pollen (Joëlle Wintrebert)

20 Juin 2010 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF

pollenLa Terre a essaimé depuis bien longtemps dans l'espace, et Pollen est une planète où s'est installée une utopie féministe. La violence y est interdite, la souffrance aussi, les triades, groupes familiaux composés d'un garçon et deux filles grandissent dans les bonheurs simples d'une société libérée où les femmes sont reines, reléguant les hommes au second plan.

Comme dans toute utopie, l'envers du décor n'est pas rose. le roman s'ouvre avec une scène de meurtre. Sandre fait partie d'un groupe révolutionnaire qui veut l'égalité entre les sexes, quel qu'en soit le prix. La sentence tombe bientôt: après un effacement complet de sa mémoire, il sera envoyé sur Bouclier, satellite veillant sur Pollen où les hommes dominent ... C'est le drame, aussi bien pour lui, victime de sévices qu'il ne comprend pas, faute du souvenir du crime commis, que pour ses soeurs. L'une est prête à tout pour le retrouver, l'autre se laisse totalement aller au chagrin avant de trouver elle aussi une voie pour échapper à la dureté de la séparation...


Mon premier contact avec la plume de J.Wintrebert avait eu lieu dans le recueil 69, et sa manière d'écrire, pleine de poésie et de sensualité, m'avait plutôt emballée. Impression confirmée ici: si l'intrigue en elle-même a de nombreuses résonances avec d'autres romans sur les mêmes thèmes (en plus des contre-utopies classiques, plus d'un clin d'oeil aux Chroniques du pays des mères de Vornarburg), la force des personnages et l'épaisseur de l'univers permettent une plongée dans les mondes de Pollen et Bouclier.

Comme souvent, pourtant, dans les romans lus dernièrement, j'ai quelques regrets concernant l'intrigue en elle-même, dont la fin est sans surprise même si les rebondissements ne sont pas tous prévisibles. Néanmoins, j'ai beaucoup apprécié ce livre, mais je me pose la question: deviendrais-je difficile?

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Trois hommes dans un bateau (J.K.Jerome)

9 Juin 2010 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures classiques

trois-hommes.jpgSous-titré (Sans parler du chien!)


Ce n'est pas à cause de ce sous-titre que je l'ai lu, mais bien à cause du roman qu'il a inspiré à Connie Willis.

Je n'ai pas autant ri avec ce classique de la littérature anglaise. Non, pas autant. Beaucoup plus.


L'histoire est simple: trois amis, employés londoniens, décident d'aller canoter pendant leurs vacances afin de profiter du grand air et d'une saine activité physique. Trois amis pas bien malins, ni vraiment organisés, et accompagné du célèbre Montmorency, chien de son état, qui estime avoir réussi sa journée s'il s'est copieusement fait insulter pendant au moins une heure et n'aime rien tant qu'en venir aux crocs avec les membres de son espèce.

Le décor est planté dès les premières lignes et annonce l'ambiance qui régnera durant tout le roman: un humour britannique efficace, parfois subtil, d'autres moins, écrit avec une finesse remarquable qui m'a fait pouffer plus d'une fois.


Inculte que je suis, j'ignorais l'existence de ce roman avant Connie Willis, mais je m'arrêterai là dans mon résumé car vous en trouverez pléthore en cherchant un peu. Et puis, je préfère vous mettre l'eau à la bouche avec un échantillon.


Jérôme, le narrateur, vient de céder sa place à l'emballage à George et Harris.


"Ils s'y mirent d'un coeur léger, évidemment persuadés qu'ils allaient m'en remontrer. Je m'abstins de commentaire mais j'attendis la suite. Quand George aura été pendu, Harris restera le pire emballeur de ce monde. Je considérai les piles d'assiettes et de tasses, et les bouilloires, et les bouteilles, et les pots, et les pâtés, et les réchauds, et les gâteaux, et les tomates, etc. et pressentis que cela ne tarderait pas à devenir joyeux.

C'est ce qui arriva. Ils commencèrent par casser une tasse. Ce fut leur permier ouvrage. Ils le firent simplement pour montrer de quoi ils étaient capables, et pour éveiller l'intérêt du spectateur.

Puis Harris emballa la confiture de fraise au-dessus d'une tomate qui s'écrabouilla, et ils durent enlever la tomate à la petite cuillère.

Ce fut ensuite le tour de George, qui marcha sur le beurre. Je m'abstins de rien dire, mais je m'approchai d'eux et m'assis sur le bord de la table pour els regarder faire. Cela les agaça plus que tout ce que j'aurais pu dire. (...)

Je n'ai jamais vu personne en faire autant avec un shilling deux pence de beurre que ces deux types-là. Lorsque George l'eut décollé de sa pantoufle, ils s'avisèrent de le faire entrer dans la bouilloire. Il refusa d'y entrer, et ce qui avait réussi à s'insinuer dedans refusait d'en sortir. Ils finirent par l'extraire en le raclant et le déposèrent sur une chaise. Harris s'assit dessus, le beurre se colla à lui, et ils le cherchèrent dans toute la pièce."

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Barrayar, L'apprentissage du guerrier (Lois McMaster Bujold)

7 Juin 2010 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF

BARRAYAR-copie-1.jpgJe crois que je suis tombée dedans. Cela m'est arrivé comme ça, sans prévenir, et surtout sans que je m'y attende.

Il y avait un bon moment que j'avais lu des commentaires au sujet de la série des Vorkosigan, dont le titre surgit de temps à autre sur les forums spécialisés ou moins branchés SF.

Puis il y a eu le premier. Bien, le premier, sympa, agréable, tout ça.

Et est arrivé le second, Barrayar.

Je ne sais trop comment, mais tout à coup, je l'avais terminé.

Il faut dire qu'il est particulièrement haletant (ACHTUNG! Qui n'aime pas les spwales peut s'arrêter ici!). Aral a pris ses fonctions de régent, chargé de veiller sur le jeune empereur Gregor tandis que Cordelia, elle, veille sur son ventre qui s'arrondit. Bref, tout pourrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais nous sommes sur Barrayar, où les complots ne s'arrêtent jamais. Bientôt, c'est le coup d'état, voila Cordelia et Aral en fuite, tandis que leur précieux petit est installé dans un réplicateur utérin où il fait face à une attaque chimique subie par ses parents, se développant tant bien que mal...

Rattrapée par des contingences aussi triviales que le temps qui ne s'arrêtent pas quand on lit, je ne l'ai pas lu d'une traite, mais en aurais bien été capable.

Et à peine refermé, je me suis félicitée d'avoir le suivant sous la main, l'Apprentissage du guerrier.

L'avorton handicapé qui poussait dans son régulateur a vu le jour et porte le nom de Milesapprentissage-guerrier.jpg (Piotr, grand-père mal couchant, ayant refusé que son prénom lui soit transmis). Il a 18 ans, et des séquelles de l'attentat vécu in utero: si sa tête est bien celle d'un homme d'un mètre quatre-vingt, il n'en mesure qu'un quarante-deux (hasard?) et ses os sont d'une fragilité affligeante. Malgré son intelligence, il ne parvient à être admis à l'école militaire que devrait intégrer tout Vor...   Heureusement, Elena, la fille de son garde du corps paranoïaque lui change involontairement les idées en l'entraînant en quête de l'histoire de sa mère, et les voilà embarqués pour Betan, planète d'origine de Cordelia, où Miles recrute par jeu un pilote menaçant de faire sauter le spatioport. Sans projet bien arrêté, Miles se lance dans le recrutement et se retrouve bientôt à la tête d'une armée de mercenaires, pris dans un conflit qui ne le concerne ni d'Eve ni d'Adam mais qui a le mérite de le passionner prodigieusement...

Décidément, la série des Vorkosigan est à lire! De l'action, des rebondissements, et surtout, surtout, des personnages qui restent fascinants. Si le saut d'une génération à l'autre au début de L'Apprentissage du guerrier est quelque peu troublant, le charisme de Miles (et de l'auteur) agit rapidement sur le lecteur et l'entraine sans qu'il ne s'en aperçoive.


Manque plus que Miles Vorkosigan, et je pourrai enchaîner les 7 prochains sans crainte de manquer!

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