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  Journalsemilitteraire

Des Souris et des Hommes (John Steinbeck)

30 Septembre 2009 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures classiques

C'est fou comme on viendrait presque à s'autocensurer. Surtout quand on est prof de français (pardon, enseignante de Lettres Modernes, option TZR), et qu'on prétend faire lire des élèves. Précision: faire lire des livres, et non des avis tout trouvés sur ces derniers.
Grâce à la rentrée, je vois remonter en flèche les stats de fréquentation de ce blog, avec des requêtes aussi profondes et peu réjouissantes que "fiche de lecture", "résumé complet (gratuit)", "portrait du personnage de tel livre" et j'en passe.
Comment ça, je cherche aussi?
Eh oui, je cherche. Entre autres pour le plaisir pervers d'imaginer le flemmard arrivant sur tout le mal que je pense du Crâne percé d'un trou (visiblement très en vogue cette année encore), et pour celui, beaucoup plus louable, de me dire qu'au bout de recherches infructueuses auxquelles j'aurais contribuées, le cher petit, de dépit, va l'ouvrir, ce bon sang de bouquin, quel qu'il soit, au lieu de perdre du temps à chercher qui aura fait son boulot.

Toujours est-il que là, c'est l'angoisse.
Parce que j'ai bien envie d'en parler en détail, de ce célèbre roman relu avec délectation pour la Cause, oui, la Cause sus-mentionnée qui est d'ouvrir des horizons en faisant ouvrir des bouquins. 

A ceux qui ne connaissent pas Steinbeck, à ceux qui n'aiment pas lire, à ceux qui sont curieux de découvrir un de ses romans qui retournent, il faut lire Des Souris et des hommes. L'écriture de Steinbeck a ceci d'impressionnant que le récit se vue uniquement d'un point de vue externe, démultipliant l'ambiance de l'univers du sud, de la crise, du rêve des hommes, de leur innocence et de leurs déceptions.
On y découvre l'histoire de Georges et Lennie, improbable couple inséparable. Foin de Laurell et Hardy ici, pourtant, il y a le gros costaud simplet et l'ami qui réfléchit pour deux. Lennie est une figure emblématique, l'incarnation de la tendresse, de la bêtise dans ce qu'elle a de plus naïf et touchant, sans tomber à un seul instant dans la mièvrerie. Adolescente, j'avais eu les larmes aux yeux à lire son histoire. La magie a opéré une dizaine d'années plus tard, sans larmes, mais avec la même émotion, la même fibre qui vibre quelque part et fait profondément regretter que l'humanité soit ce qu'elle est.
Un roman bref, fort et efficace.

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Gen d'Hiroshima, tomes 1 et 2 (Keiji Nakazawa)

20 Septembre 2009 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures curieuses

L'humanité est capable d'horreur et nous le savons tous. Ces horreurs me fascinent, non par goût du morbide, mais parce qu'une partie de moi-même sans doute extrêmement naïve aimerait comprendre comment elles sont rendues possibles. Vraiment. J'éprouve le besoin viscéral de chercher des explications rationnelles à ce qui n'en a certainement pas, de prendre conscience de l'étendue cauchemardesque des faits pour me convaincre que oui, de tels évènements ont bien eu lieu.
La seconde Guerre Mondiale est particulièrement riche en horreurs. Pour moi, le summum paraissait atteint avec la Shoah, et mettre les pieds dans le camp de Dachau me paraissait nécessaire, comme un moyen d'enfin admettre que oui, c'était possible. Mais il n'existe pas d'échelle pour mesurer l'enfer vécu.
Peut-être est-ce pour cela qu'à 1h30 ce matin, j'ai ouvert le second tome de Gen d'Hiroshima à peine refermé le premier? Pour essayer de me soulager de ce que je venais de lire?
Ce manga est préfacé par Art Spiegelmann, qui m'avait bien remuée au temps de sa lecture. Un choix qui s'explique vite: la BD a des allures de roman graphique, où l'image dit mieux que des mots l'indicible.

Rassurez-vous, vous qui ne connaissez pas en: ce n'est pas un catalogue d'horreur. L'auteur s'inspire de sa propre vie et de sa survie à la bombe pour raconter l'histoire de Gen, jeune garçon comme tant d'autres dont le père a la particularité rare d'être un pacifiste en pleine période propagande anti-américaine et anglaise. Dans le Japon de 1945 où la propagande fait rage et n'a pour concurrente que la douleur des conditions de vie des civils japonais, ce n'est pas rien, et entraîne des moments douloureux à toute la famille. Ces moments sont colorés par la candeur de Shinji, le petit frère braillard, ou les idées inattendues de Gen pour atténuer la souffrance des siens, ou encore par des scènes familiales touchantes, qui ne tombent jamais dans la mièvrerie. Le Japon de cette année est particulièrement dur, la violence et le fanatisme y sont monnaie courante.
Et c'est dans un des moments où la vie est la plus quotidienne qu'arrive le 6 août 1945. La bombe. L'enfer, l'horreur absolue, une horreur plus éloignée de nous que celle des camps, et pourtant tout aussi stupéfiante et révoltante. Gen y survit, protégé du rayonnement par le hasard d'un mur et court retrouver sa famille dans une ville dévastée, hantée par des morts en sursis, pour découvrir que seule sa mère enceinte a échappé à l'effondrement de leur maison.
Là s'achève le premier tome. Impossible de dormir après cela, et de laisser Gen à son sort.

On sait aujourd'hui à quel point les conséquences de la bombe furent terrifiantes pour la population (et quiconque doué de deux sous de jugeotte d'ailleurs), mais quelques clics sur le net ont fini de me démoraliser: en effet, l'évènement fut longtemps perçu dans le monde comme une victoire technologique. Vous savez, un gage de paix? Une paix d'une crasse incrustée.

Une autre grande qualité de ce manga réside dans la lucidité de l'auteur quant à l'humain. Personne n'est "bon", même si les hommes "mauvais" et sans morale sont légions. Chaque personnage a son moment d'égoïsme, de folie ou de violence, comme une métaphore de la catastrophe centrale, à s'en demander si l'humanité en vaut vraiment la peine malgré les scènes d'amour familial fortes qui donnent enie de garder espoir. Un espoir bien mince, si on pense par exemple au kamikaze qui refuse de mourir pour simplement vivre et jette ainsi l'opprobre sur sa famille.

Une lecture nécessaire.


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Le temps des miracles (Anne-Laure Bondoux)

19 Septembre 2009 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures jeunesse

S'il y a peu, je m'enthousiasmais pour un titre de littérature jeunesse, je déchante déjà avec le dernier roman lu (z'avez vous comme je suis sérieuse depuis cette rentrée, à lire plein de trucs pour mes petits mignons d'élèves?).
Proposé par un collègue à qui j'expliquais avoir travaillé en classe d'accueil, j'étais curieuse de découvrir Le Temps des miracles. L'histoire est celle de Koumaïl, exilé du Caucase, dont le pays d'origine est bien compliqué à cerner dans un premier temps. Ce qui importe peu finalement: l'essentiel est dans son quotidien, la misère et la fuite précipitée quand la guerre s'approche, ou encore sa relation avec Gloria, la femme qui veille sur lui depuis sa tendre enfance. Car Koumaïl s'appellerait en réalité Basile Fortune, et serait citoyen de la République de France, république où Gloria est bien décidée à l'emmener pour lui offrir une vie meilleure après des débuts miraculeux: Gloria lui raconte chaque soir comment elle l'a récupéré, bébé, dans les bras de sa mère agonisante après un accident ferroviaire.
Raconté ainsi, je me dis que ça pourrait presque être intéressant. D'ailleurs, les idées le sont, et pour avoir été dans le rôle de Mme Georges, chargée d'enseigner le français à une classe de déracinés, plusieurs épisodes m'ont touchée.
Mais... il y a un mais, vous vous en doutez bien. S'il n'y avait, justement, le plaisir de quelques souvenirs passés avec ces gamins, je me demande si je n'aurais pas lu en diagonale les trois quarts du bouquin. Le style est exactement celui qui me dérange: minimaliste, simpliste, des phrases brèves, toujours au présent, et le filtre de la naïveté de l'enfance. Filtre supposé: certes, des enfants peuvent limiter leur champ de compréhension à ce qu'on leur raconte, mais j'ai horreur d'avoir le sentiment qu'on prend le lecteur ou le personnage pour un imbécile, au risque de l'incohérence. un gamin qui vit de telles choses, même entouré de tout l'amour du monde, ne peut garder une telle candeur sur ce qui se passe autour de lui.
Et cette manie de répéter chaque détail à teneur sentimentale... le samovar du père de Gloria, le violon d'Oleg, oui, je m'en souviens, oui j'ai compris à quel point ils y tiennent. D'ailleurs, leur disparation m'a presque soulagée, les personnages aussi visiblement vu qu'on les oublie aussitôt.
Ado, peut-être aurais-je aimé. Aujourd'hui, il est trop tard et je ne suis pas sûre de le regretter.
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Rien ne nous survivra (Maïa Mazaurette)

18 Septembre 2009 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF

Je ne vous parlerai que peu de ce livre, car je l'ai reçu en SP et en parlerai ailleurs... Habituellement, je ne mentionne même pas les romans pour lesquels la publication d'une chronique papier est prévue.
Mais là, je m'en voudrais de passer à côté.
Pour vous mettre l'eau à la bouche: "Les jeunes ont renversé Paris, renversé les fondamentaux de notre société; les jeunes ont osé briser le plus délicieux des tabous: tuer les vieux. Tous les vieux. A partir de vingt-cinq ans. Laissez les Théoriciens vous expliquer pourquoi. Dans cette atmosphère de guerre civile, de poudre et de béton calciné, deux snipers émergent. Silence, l'idole que les jeunes suivraient en enfer, et l'Immortel, qui compte bien faire vivre l'enfer à Silence. Quel meilleur terrain de chasse que les toits parisiens?"
Merci Mnémos! Une découverte superbe. On n'est ni chez Dufour et son Goût de l'Immortalité, ni dans le Meddick de Di Rollo, mais la veine est la même. Et elle est bonne.

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Ecoute mon coeur (Janine Teisson)

17 Septembre 2009 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures jeunesse

Ceux qui me connaissent savent que la littérature estampillée jeunesse... je m'en méfie beaucoup.  C'est vrai, le marché se noie sous des histoires dégoulinantes de bons sentiments ou de langage "djeune" (lequel langage variant d'un établissement scolaire à l'autre, je rigole doucement devant certains résultats), le tout  sans grand effort lexical ni syntaxique.
Heureusement, on tombe parfois sur une vraie lecture sympa qui se démarque. A condition de trier le bon grain de l'ivraie ou d'avoir la chance d'être conseillé par quelqu'un qui l'a fait avant nous (méritants, les documentalistes et les bibliothécaires, honnêtement, choisir ce métier parce qu'on aime les livres et en voir passer des cohortes de fadasses venus camoufler les pépites, je ne m'en sentirais pas capable tous les jours).
Le prix des Incorruptibles, dont la sélection de l'an dernier m'avait laissée perplexe pour ne pas dire pantoise, vient de remonter dans mon estime grâce à ce bref roman: Ecoute mon coeur, également prix de la NRP 2006.
Il raconte l'histoire de Paulo, 76 ans, qui vend une vieille demeure familiale à une famille atypique. La vieille bâtisse a tout pour plaire, mais un détail gâche tout son charme: une autoroute en bannit le calme... ce qui laisse totalement indifférent la famille de sourds qui vient s'y installer. Paulo découvre le monde du silence et s'attache rapidement à Antoine, leur fils, sourd également, à qui il fait découvrir la poésie de la Camargue tandis que l'enfant et ses parents lui ouvrent de nouveaux horizons sur les rapports humains et la communication.
Parallèlement à l'histoire d'Antoine et Paulo, celle de Jean. Jean était sourd à la fin du XIXe, éduqué
dans un institut parisien, les lettres envoyées à ses parents rappellent le regard porté il y a un siècle encore sur la surdité et les horreurs dont sont capables les hommes au nom de la médecine. Mais l'intérêt de ces lettres ne se limite pas à cela (même si leur rôle semble bel et bien assaisonner l'idée de tolérance omniprésente): Jean évoque également la guerre de 70 et l'éducation d'une autre époque.
Quelques bons sentiments dans ce roman le rendent un peu enfantin (nous dirons que je ne s
uis pas le public cible), mais il reste néanmoins un très bon moment de lecture qui évoque avec délicatesse foule de sujets et ouvre de nombreuses pistes de réflexion. J'avoue que c'est un aspect de la littérature "jeunesse" qui me gêne souvent car maladroit, ici, l'histoire ne semble pas, pour une fois, un simple prétexte à un voeux d'amour universel. Même le titre trouve son sens ailleurs que dans le sentimentalisme, c'est pour dire!
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Alcool (Poppy Z.Brite)

12 Septembre 2009 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures curieuses

G-Man et Rickey sont cuistots à la Nouvelle-Orléans, ville culinaire trop peu reconnue à leur goût. Ils se connaissent depuis l'enfance, des liens forts les unissent et leur permettent de tenir d'un boulot de plongeur ou de sous-fifre à l'autre. Des liens si forts que Rickey en a abandonné l'école de cuisine réputée où il avait eu la chance d'être accepté quelques années plus tôt.
Ils se la coulent plutôt douce finalement, malgré les désagréments du poste de Rickey, condamné à travailler sous les ordres de Mike, cocaïnomane paranoïaque qui développe une haine aussi rapide qu'intense à son égard. Leur cuisine est néanmoins succulente, sa réputation et son goût parviennent aux papilles de Lenny, cuisinier télégénique et richissime qui décide de leur donner la chance d'ouvrir leur propre restaurant.
Il paraît que ce roman est un "roman culinaire", expression dont je suis bien incapable de retrouver la source, mais une chose est sûre, elle correspond parfaitement. La cuisine et, de fait, la gastronomie, sont ici élevées au rang d'art, dans une ambiance propre à Poppy Z.Brite ('fin, pour le souvenir que j'ai d'Âmes perdues, coup de foudre de ma lointaine année de seconde): l'alcool, la fumette, les sentiments humains. Foin de mièvrerie ici, le monde est mauvais et comporte pourtant sa part de beauté; ici présente dans le couple de G-man et Rickey qui vivent un amour qui m'a plus d'une fois rappelé le San Francisco d'Armistead Maupin.
Une bien belle histoire, dont la violence et les éléments noirs font ressortir la pureté de G-Man. Un regret toutefois: puisqu'un autre tome, puis encore un autre doivent suivre, pourquoi ainsi finir sur une scène qui fait prendre des airs de polar à ce qui a précédé?
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Les Tambours de l'automne (D.Gabaldon)

12 Septembre 2009 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF

Oui, cher lecteur qui passe chercher de la SF et de la bonne, trop, c'est trop.
On pourrait dire que trop de Chardon et le Tartan tue le Chardon et le Tartan... et ce ne serait peut-être pas faut. En tout cas, l'abus de cette saga romantico-fantastico-historique n'est pas forcément mauvais pour la santé, mais nuit gravement à toute lecture autre.
Surtout si, comme moi, vous avez l'habitude de vouloir finir absolument le livre en cours avant d'en entamer un autre (sauf cas très particulier des lectures de bus).
Ah oui, comment est-il ce sixième tome?
Eh bien...
Presque comme les autres, c'est-à-dire pas mal du tout. Mais seulement presque... Claire et Jamie sont maintenant bel et bien installés en Caroline du Nord et font leur trou au milieu de la forêt et des indiens, petit Ian n'a plus grand-chose de petit et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Ce qui ne peut durer, vous vous en doutez! Et c'est là que nous revenons à l'époque contemporaine: Brianna décide à son tour de traverser le cercle de pierres pour retrouver sa mère et enfin rencontrer ce père qui la lui a enlevée. Elle y parvient sans mal (il y a décidément un gène dans la famille), oubliant un détail de taille: Roger, qu'elle laisse au XXe siècle, est loin d'être un crétin profond. Et comme bien évidemment, il est décidé à faire de Brianna la femme de sa vie, que croyez-vous qu'il fît?
Le couple devient ainsi l'objet central de ce sixième volume. J'ignore si c'est le fait d'avoir lu deux tomes presque à la suite, les ficelles qui restent toujours les mêmes ou encore le changement de personnages, mais j'y ai pris moins de plaisir qu'aux tomes précédents. Je soupçonne la frustration de ne rien avoir lu entre deux ('fin, juste 100 pages de Stevenson, ce qui n'est pas rien en matière de qualité), mais aussi une pointe d'écoeurement, comme celle de la gourmandise de laquelle on abuse au risque de la rendre haïssable plutôt que d'attendre sagement la digestion...
Moralité: la suite, ce sera pour l'été prochain!
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L'étrange cas de Docteur Jekyll et Mister Hyde (R.L. Stevenson)

11 Septembre 2009 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures classiques

Il est des classiques qu'il est nécessaire de lire, car ils font partie de l'imaginaire commun. Des représentations de ce ameux personnages à la double personnalité, j'en connaissais pléthore, mais jamais (honte à moi), je n'avais lu l'oeuvre des origines.
C'est maintenant chose faite!
Et ce fut une lecture agréablement surprenante. J'ignorais tout de M. Utterson, par exemple, essentiel témoin du drame du docteur, comme de M.Enfield, l'ami qui lui raconte l'une des frasques de Hyde à laquelle il a assisté. Par contre, la porte dérobée permettant à la créature d'entrer en toute discrétion chez le docteur, de Lanyon, celui qui sait et n'ose l'avouer, et enfin de Jekyll...
Pas de résumé donc, car c'est une oeuvre à lire, et une excellente!


Cette fois encore, merci au groupe Ebooks libres et gratuits!
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