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  Journalsemilitteraire

Uglies ( S.Westerfeld)

12 Avril 2008 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures jeunesse

Voilà une vraie lecture de vacances presque légère!
Presque seulement, car mes "nouveaux" élèves me sont revenus à l'esprit plus d'une fois durant ma lecture. En effet, j'ai découvert dans ce collège de ZEP où j'ai déjà enseigné un mois, un "profil" d'élèves que j'avais déjà eu l'occasion d'observer, mais jusqu'alors en petit nombre, et dans des extrémités moins poussées, à savoir la miss "je suis belle et je me fous du reste".
Ce surnom pourrait prêter à sourire. D'ailleurs, il vaut mieux pour éviter la dépression profonde...

Uglies m'a (presque) fait frissonner car la société imaginée par Westerfeld se compose
principalement de pretties, des gens beaux dans une société belle, où chacun se fait opérer dès la 16e année pour avoir un physique parfait.
Bien sûr, ce n'est pas le meilleur des mondes. Tally attend cette intervention avec impatience, jusqu'à sa rencontre avec Shay, une autre adolescente qui lui fait découvrir qu'il existe des personnes pour qui la beauté n'est pas la principale préoccupation. Qui vivent en marge des villes organisées et des "tours de fête" où tous les jeunes adultes s'amusent, débarassés de toute autre préoccupation.

Contre-utopie classique, mais efficace, où l'idée de beauté joue un rôle à part entière. Que j'ai vraiment envie de mettre entre les mains de certaines... c'est justement là ce qui est effrayant dans Uglies: l'obsession et la seule fascination du beau... sans majuscule.


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La mort est mon métier (R.Merle)

12 Avril 2008 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures classiques

Un virus teigneux s'en est pris à mon PC, et me voilà bien désemparée depuis quelques jours... même si j'en ai un autre à proximité, les habitudes sont tenaces, et les livres à critiquer s'empilent dangereusement... le point de non-rattrapage approche, il est donc temps que je m'y mette!


Je commencerai par La Mort est mon métier, de Robert Merle. Lu pour une double raison: non seulement, le sujet me passionne, mais Merle fait parti des auteurs sur lesquels je travaille pour mon mémoire de Master.

Rudolf Lang est élevé par un père fanatique dans Allemagne du début du siècle, un père qui a juré que son fils deviendrait prêtre et terrorise sa famille par un caractère inébranlable et un fanatisme religieux avéré. Jamais ne viendrait à Rudolf l'idée de désobéir.
Un jour de neige, le traumatisme qui entachera la vie du jeune garçon a lieu: un de ses camarades se casse la jambe, vaguement bousculé par Rudolf. Un grave crise paternelle s'ensuit... provoquant un fort ébranlement nerveux chez Rudolf qui l'éloigne définitivement de la religion.
Les années pasent. Le père meure, la guerre a éclaté, Rudolph parvient à s'engager malgré son jeune âge et s'illsutre par son courage à toute épreuve. Courage? C'est en réalité l'incapacité de désobéir qui le dirige.
La guerre se termine, l'inscription au Parti, l'emprisonnement...
Quelques années plus tard, Rudolf se trouve marié et fermier, sur les ordres de son capitaine.

Une nouvelle guerre éclate. Son engagement indéfectible l'amène à la tête du camp de travail d'Auschwitz... encore une fois, l'obéissance, rien que l'obéissance, surtout si Himmler a un regard qui lui rappelle la tyranie paternelle...

Ce que raconte ce roman est un Nième regard posé sur la guerre et l'extermination des juifs, encore une fois à travers le point de vue d'un bourreau. Encore une fois, le procédé est monstrueusement efficace... Je trouve le personnage de Rudolf particulièrement fascinant et réel, mais surtout, très effrayant.
Parce qu'il est crédible. Bien sûr, nous savons que le fonctionnement des camps s'appuyait sur la déshumanisation des victimes et un ensemble de rouages aussi nombreux qu'obéissants... et c'est bien là l'obsession de Rudolph: obéir, donner satisfaction.
Allons plus loin dans la signification de ce livre, et surtout au-delà de l'horreur de la "tâche" à laquelle le personnage principal se voit assigné. Oui, il est coupable, c'est indiscutable. Mais n'est pas le seul coupable... L'humanité de Rudolf a été détruite depuis trop longtemps pour qu'il puisse être jugé entièrement: celui qui est à l'origine de ce meurtre est son père... et là je ne peux m'empêcher de penser que le crime des parents maltraitants est bien plus grand qu'il n'y parait.

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Le garçon au pyjama rayé (J.Boyne)

3 Avril 2008 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures jeunesse

 Il y a des moments où il faut être honnête avec soi. Là, je crois que j'y arrive. Je suis totalement démoralisée.
Totalement est peut-être un adverbe un peu fort, car j'ai le sentiment que ça va mieux aujourd'hui. Mais le résultat est encore là: je me sens incapable de faire quoi que ce soit, au point que je finis par me mettre au ménage. C'est pour dire.

Autre conséquence de ces périodes noires: je me réfugie dans les livres. "Réfugier", c'est vraiment le terme exact. Du coup, je lis, j'engloutis de façon quasiment boulimique, mais les crotiques ne suivent pas forcément, et là, sans réfléchir, j'en vois déjà trois en retard.
Et ce n'est même pas la mauvaise conscience qui me fait me retourner voir ce blog aujourd'hui. Plutôt la magie qui a opéré: celle d'un livre qui vraiment m'a profondément touchée.



Il s'agit du Garçon en pyjama rayé, de John Boyne. Son titre avait été évoqué à maintes reprises sur une liste de diffusion destinée aux enseignants à laqulle je suis abonnée, et dans un moment où j'avais encore le courage d'écumer les librairies pour me remonter le moral, je me l'étais offert.
O que j'ai bien fait.
Mais quelle claque.

La quatrième de couverture l'admet sans tourner autour du pot: il est quasiment impossible de résumer ce roman sans en dévoiler ce qui en fait l'efficacité, surtout sur un blog où arrivent souvent des collégiens en quête de boulot pré-maché pour ce qui doit ressembler à des fiches de lectures. Toutefois, on peut se limiter au début: la famille du jeune Bruno, 9 ans, doit quitter la maison dans laquelle il se sent pourtant si bien. Cela s'est décidé suite à une visite du Foureur, un homme désagréable, mais avec qui il importe d'être en très bon terme, cela pour faire avancer la carrière de Papa. Papa est promu peu de temps après cette visite: il porte maintenant un uniforme encore plus beau, et obtient un poste à Hoche-Vite.
Bref, vous qui me lisez aurez compris de quoi il en retourne.

Je l'avoue, je connaissais le fin mot de l'histoire avant de commencer. Heureusement peut-être, car ce roman met un sacrée claque, bien plus grande que les Bienveillantes si on veut rester dans le sujet.Le narrateur raconte la découverte de ce nouvel univers à travers le regard naïf de Bruno, un regard d'enfant qui ne doit pas poser de questions et qui n'aura de totues façons aucune explication; l'effet est d'autant plus violent que nous, lecteur adulte et averti, nous comprenons ce qui se passe. Qui sont ces gens en pyjama rayé de l'autre côté du grillage. Pourquoi le lieutenant Kotler est là tard le soir et tôt le matin. Pourquoi le travail du père de Bruno est si important.
La fin est bouleversante, même si je ne pense pas être du genre bouleversable, et ça, dépression ou non.

C'est un roman magnifique. Quand je pense qu'il est paru en jeunesse, je me dis qu'il faudrait vraiment que les sphères littéraires actuelles aillent y mettre leur nez pour voir ce que c'est que de la bonne littérature... Mais c'est comme pour la SF, une lecture récriée et inavouable...
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