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  Journalsemilitteraire

En remorquant Jehovah (J.Morrow)

29 Mars 2008 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF

Encore une excellente lecture à laquelle j'ai pris énormément de plaisir...

L'idée est simple et vieille au moins comme Nietzsche: Dieu est mort. Sauf que cette fois, ce n'est pas une métaphore. Son Divin corps, quelque peu encombrant du long de ses trois kilomètres, flotte dans l'Atlantique.
Heureusement, les archanges sont plein de ressources et ont prévu un tombeau à sa démesure. Ils ont également prévenu le Vatican et le capitaine d'un supertanker capable de remorquer la Sainte Dépouille, un homme qui vit dans la culpabilité de la plus grosse marée noire de l'histoire.

Bien sûr, transporter le corps n'est pas si simple que cela pourrait le sembler. Car il y resterait un peu de vie cérébral, et donc des neurones à sauver, et donc des délais à respecter... Mais le miracle opère et amène sur la route du navire un île surgie de nulle part, une naufragée féministe et rationnelle... fermement décidée à ce que la phallocratie qui pourrait découler de la découverte soit évitée.

Ce roman est jubilatoire. Tout simplement.Il parvient à mêler l'aventure aux questions théologiques, qui y sont certes moins poussées que dans sa suite, Le jugement de Jehovah, mais bel et bien présentes, mêlés à un humour pas toujours subtil mais efficace. Qui rend curieux de découvrir le goût du "goulash Domine" ou du "curry Patter". Après tout, n'avait-il pas à une époque, "Mange, ceci est Mon corps?"
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La route (C. McCarthy)

17 Mars 2008 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF

Dans un registre encore différent... un roman qui m'a mis une claque.
Certains le savent peut-être le "post-cataclysmique" est mon sujet de Master. Un genre qui me passionne, m'angoisse et me fascine. Un genre dans lequel il y a du bon et du mauvais, surtout depuis que le cinéma s'en mèle avec le rythme effréné dont il est capable.

Un roman de ce genre récomposé par le Pullitzer, ça ne pouvait que piquer ma curiosité... Et le découvrir dans une librairie spécialisée, denrée si précieuse, n'avoir qu'une conséquence: l'acheter, vite. Et lire.

Et... quelle claque.
Vraiment.
Je me dis souvent que dans ce genre de roman, les hasards sont heureux, entre la petite graine qui devient champ de blé, les armes pour se défendre au bon moment, les gens qui ont gardé une morale qu'on finit (presque) toujours pas rencontrer... au fond, c'est un genre dans lequel je trouve souvent beaucoup d'optimisme et de foi en l'humanité.

La grande force de La Route réside dans sa crédibilité. Et son pessimisme. Un père et son fils marchent, depuis des années sans doute, dans un monde dévasté. Oh, ils ne sont pas seuls: d'Autres sont là. D'autres hommes qui ont perdu les valeurs morales de l'humanité, et sont prêts à tout pour survivre ou manger encore une fois. Le cannibalisme est monnaie courante quand on croise l'un de ses "semblables" dans le paysage désolé et couvert de cendre qu'est devenu l'Amérique.
Le monde suggéré plutôt que décrit par McCarthy est une horreur, à la limite du supportable. A la limite du supportable car il est atrocement crédible et résonne d'images lourdement connotées. Ce n'est pas seulement ma fraîche lecture des Bienveillantes qui me fait réagir aux "corps décharnés" et à ce groupe enfermé dans un sous-sol devenu garde-manger par leur présence. Toutes les horreurs imaginées par l'humanité sont là, parfois frôlées, parfois de manière criante.

L'émotion que procure La Route est d'autant plus efficace que le périple se fait à travers les yeux du père et de fils, liés par un amour unique, sain, fabuleux dans cet univers. A travers le regard d'un adulte qui explique à un enfant qu'il reste "des gentils", mais qu'il devra être assez fort pour appuyer sur la gâchette s'il se retrovue seul.

Bref, un roman incroyable. Qui ne redonne pas forcément espoir en l'humanité, mais a le mérite d'emporter loin du quotidien

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Le passage des éphémères (J.Harpman)

17 Mars 2008 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF

La langue de Jacqueline Harman fait du bien. Elle a une expression belle, poétique, parfois désuète mais douce à l'oreille silencieuse de la lecture... Lire Le passage des éphémères m'a fait un bien fou.
Il s'agit d'un roman épistolaire, de lettres échangées entre des astronomes et des amis proches. Des personnages étranges évoquent leurs rencontres, leurs amitiés, leurs amours... Et leur histoire.

passage.jpgCelle de Delphine, vieille dame facétieuse qui vit un amour à distance depuis toute une vie, ouvre le roman en évoquant une rencontre: une jeune fille croisée aux hasards d'une rue qui lui rappelle quelque chose sans qu'elle ne puisse remettre le doigt sur le souvenir concerné. 
Comme dans Les Liaisons dangereuses, tous se connaissent ou finissent par se rencontrer. Le lien se fait autour d'un couple improbable: une femme qui refuse tout contact physique et un homosexuel avec qui elle partage une profonde estime. Mais là n'est pas l'intrigue. Y a-t-il vraiment une intrigue d'ailleurs?
Je me suis posée la question plusieurs fois durant ma lecture, tant l'impression de "tranche de vie" est présente. Pourtant, elle est là, sous-jacente, et malheureusement dévoilée par le 4e de couverture: les immortels existent, certains sont parmi nous, cachés, changeant de vie dès que les soupçons les approchent.

Je n'irai pas plus loin dans mon résumé ni dans ma critique: je garde surtout une "impression" de lecture. Celle du calme, de la sérénité de l'écriture... et, contrairement au précédent qui m'a révulsée, des références, des clins d'oeil, des allusions, des auteurs... de la présence littéraire dans chaque page! Et que c'est bon quand ce sont les écrivains qui nous soufflent des idées de lecture! Presque meilleur que de sentir la connivence de la référence reconnue...

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Le concile de pierre (J.C. Grangé)

8 Mars 2008 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures curieuses

Oui, j'ai lu ça. Presque en entier. J'avoue, j'ai lu la fin en diagonale parce que l'agacement montait et que je ne voulais rien casser autour de moi.

A ma décharge, je suis prof en ZEP depuis une semaine avec un emploi du temps de folie qui met mon cerveau à rude épreuve, et mardi soir, j'étais en quête d'une Bonne Merde facile à lire. Un truc drôle. A la Sire Cédric, où j'aurais pu me moquer méchamment de chaque page et prendre finalement beaucoup de plaisir.

Ce bouquin attendait sagement rangé dans la bibliothèque, arrivé là sans que je sache trop comment. Tout neurone et tout esprit critique éteint, je m'y suis plongée soulagée de ne pas avoir à réfléchir. 
Remettons les choses en contexte. Je venais de passer deux journées entières avec des gamins certes attachants, mais très remuants, demandeur d'une quantité d'attention que j'ai par moment du mal à fournir. Et je suis prof principale d'une classe d'accueil dans un collège où l'administration est absente, détail qui a son importance. 
Bref. Prof de français, je sais faire à peu près. Prof de Français pour des primo arrivants, à peu près aussi. Assistante sociale et conseillère d'orientation, là, je débute...

Donc, que ce soit clair: j'étais extrèmement fatiguée. Incapable de décoller de mon canapé comme ça m'était rarement arrivé après une journée de cours. Du coup, j'ai failli prendre plaisir à ce roman.

concile.jpgMais s'il y a bien un truc qui m'insupporte, c'est qu'on me prenne pour une imbécile. Pour une idiote décérébrée qui ne connait rien à rien et ne se nourrit que de films à grand spectacle.
Dès le début, j'ai failli m'agacer. Une héroïne victime d'une mère odieuse jusqu'à la caricature. Le poncif dans toute sa puissance.
Une héroïne qui, quelques années plus tard, se met aux arts martiaux. 
C'est là que mes poils ont commencé à se hérisser. Même si je ne pratique plus aujourd'hui, j'ai 10 ans d'aïkido derrière moi, et je connais bien un certain nombre d'autres disciplines, bref, je sais ce qui est de l'ordre du possible. 
Mais j'ai persisté.
Et me suis endormie.

Le lendemain, j'ai lu qq pages dans le bus. Les idées ailleurs. Je lis dans les transports en commun pour me sortir de ma journée, et là, je suis arrivée chez moi en digérant encore l'info du jour ("Au fait Melle Angua, le petit X va passer en conseil de discipline. Il a amené de la drogue au collège. De l'héroïne". Moi, ça me perturbe un peu quand même). Mon cerveau a donc refusé de se concentrer sur Le concile de pierre, mais rassurez-vous, j'ai pu survoler ces 40 pages sans vraiment les lire sans être gênée pour comprendre la suite.

Sans que je m'en aperçoive, le Magazine Littéraire du mois a pris le relais ce soir-là..

Et hier, seule dans une chambre d'hotel, j'ai fini
Le Concile de pierres.

Je parlais avec affection de la Bonne Merde de Sire Cédric, parce qu'au fond, la naïveté était touchante et l'ensemble drôle.
Là, j'éprouve de la colère, de la rage contenue. Pour moi, ce roman est une Vraie Merde. Du prêt-à-lire qui se régurgite et s'oublie vite, très vite parce qu'il n'y a rien à en retenir. 
Pourquoi tant de haine?
Parce que rien ne tient debout dans l'histoire. Un peu de conspiration, ok, il en faut dans un thriller, mais trop, c'est trop. Une héroïne très douée en techniques de combat, pourquoi pas, mais qui gagne systématiquement par des coups rocambolesques face à des pros sur-entrainés, faut pas déconner. Un peu de magie, d'accord, mais le délire de la fin m'a rappelé les pires épisodes de Manimal (notez, j'aimais bien Manimal dans mon enfance. Mais au moins, c'était une Bonne Merde). Un voyage improvisé au bout du monde, je veux bien, mais que l'unique bon guide spécialisé vous attende à l'aéroport, non. Quelques entorses au fonctionnement de la police, c'est un classique... Mais là, on est dans la bavure du début à la fin.Ques les hasards de la vie soient heureux, c'est possible, mais que chaque pièce s'emboîte aussi précisément dans le parcours du personnage... Non, un effort de suspens, un peu d'imagination auraient amélioré les choses! 
En plus, l'auteur se sent obligé de prendre son lecteur pour un crétin sans culture aucune. Ah bon, les idéaux humains et le communisme ont été à l'origine de morts? Sans blague, les hommes se comportent parfois comme des prédateurs? Vraiment, une femme docteur a un peu de culture générale? C'est sûr, c'est froid la steppe?
Je m'abstienrai d'épiloguer sur le personnage. J'ai toujours du mal à imaginer que quelqu'un qui a un haut niveau d'étude perde 90% de son cerveau quand il lui arrive une m... . Ou qu'un être humain normalement constitué s'extasie si vite sur son prochain. Surtout si le créateur de l'être humain en question a épilogué pendant quatre chapitres sur le perpétuel célibat dudit personnage.

Mais le pire...
C'est cette impression de sous-culture, de lecture tout faite et prête à consommer comme un autre produit. Une histoire calibrée, au rythme impeccable d'un point de vue technique. Je comprends pourquoi des milliers de gens ont lu ce livre avant moi, voire l'ont aimé... peut-être parce qu'ils n'aiment que ce genre de littérature (re-admettons), mais surtout parce qu'ils n'ont pas l'habitude de LIRE. De lire vraiment, des textes forts, porteurs de sens, qui font rêver, réfléchir, divaguer l'esprit, sortir de la réalité pour mieux y réfléchir à son retour, bref, lire pour le plaisir...
Grangé utilise ici tous les trucs hollywoodiens et littéraires vus et revus, et d'une efficacité redoutable pour donner envie de jeter son cerveau. Mais le mien a refusé de s'éteindre assez longtemps pour se laisser avoir...et s'est mis dans une colère noire.

La prochaine fois qu'il aura besoin de repos, ce sera Molière (oui, ça me repose les idées). Ou un auteur jeunesse, ou une Bonne Merde. Mais ça, plus jamais.

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Les Bienveillantes (J.Littel)

6 Mars 2008 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures curieuses

undefinedVoilà, enfin terminé!

J'étais curieuse de lire ce roman, très curieuse même. Ce n'est pas l'effet Goncour, qui me laisse indifférente, mais vraiment le sujet me rendait curieuse. Depuis le magnifique Sobibor de Jean Molla, je me demandais quand j'aurai l'occasion de relire un roman historique présentant la guerer du point de vue du bourreau nazi...

J'avoue que c'est un sujet qui me fascine et me laisse perplexe. J'arrive à concevoir les guerres sur des sujets religieux ou financiers, mais le massacre des Juifs... non, c'est au-dessus de mon imagination. La lecture de ce récit, à travers le point de vue d'un officier allemand qui raconte les cinq années de guerre telle qu'il les a vécues, ne répond toujours pas à mes interrogations.
C'est un roman dense, long, trop long parfois, et pas forcément passionnant. Je ne pourrais pas dire que j'ai pris du plaisir à le lire, malgré une envie croissante d'aller jusqu'au bout qui me gagnait au fil des pages. Pas une vraie lecture pour le plaisir... Je me trompe peut-être en disant que ce roman n'était pas passionnant, car il est tout de même foisonant d'informations et de situations très concrètes, qui m'ont éclairées sur plusieurs aspects de la guerre délaissés par mes cours d'histoire ou bien enfouis au fond de ma mémoire. Je pense à la bataille de Stalingrad par exemple, ou aux premières mesures d'extermintation des juifs, pour moi, seule la "solution finale" et une série de dates représentaient la deuxième guerre mondiale.
Du coup, j'ai plutôt eu l'impression de lire un documentaire intéressant. Vaguement mâtiné de romanesque, surtout par la psychologie parfois délirante du personnage... Parait-il qu'on a reproché à Littel son "érotisation de l'extermination", mais ce n'est pas ce que j'ai vu dans ce roman. Certes, il y a de ... l'érotisme? Mais ce mot ne parait pas adapté. Des fantasmes, des moments de délire, oui, mais d'érotisme point à mon sens... ou dans l'esprit d'un narrateur trop malsain pour que je l'identifie comme tel.

Je suis sortie de cette lecture soulagée. Soulagée d'avoir fini, de quitter ces horreurs, mais toujours aussi perplexe. Je sais, je suis d'una nature naïve... Mais le fait est là:je ne comprends toujours pas la Shoah. Je ne comprends pas qu'elle soit arrivée au XXe siècle, que je voyais innocemment comme plus à l'abri que les autes. 
Je ne comprends pas. Et finalement, c'est peut-être tant mieux pour ma santé mentale.

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