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  Journalsemilitteraire

La petite déesse (Ian McDonald)

25 Avril 2014 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures SFF

La petite déesse (Ian McDonald)

Même si je ne suis plus très assidue sur ce blog, il y a quand même des bouquins dont il serait honteux que je ne parle pas. Et en voilà un. Tout comme Le Fleuve des Dieux, dont je me demande pour quelle raison fallacieuse je n'ai pas fait d'article.

Pour la peine, c'est par là que j'attaquerai, parce que putain, quand même (oui, ceci est une critique à part entière). Pour faire bref, Le Fleuve des Dieux, lu il y a bien trois ans maintenant, est un roman totalement immersif, à l'univers complexe et subtil, hypnotisant, qui nous brosse une Inde futuriste où les IA sont monnaie courante, tandis que la conquête de l'espace se profile et qu'un "jeu" recrée la vie la vie sur Terre (en gros, de mémoire).

La petite déesse est née des recherches faites par l'auteur à l'occasion de ce roman superbe, recherches à l'issue desquelles le sujet de moult histoires encore se présentait. Peut-être était-ce un ricochet de la magie du Fleuve des Dieux, mais l'immersion fut là encore totale, quand bien même chaque nouvelle de ce recueil est indépendante.

"Sanjiv et Robot-wallah" ouvre le bal, avec l'histoire d'un jeune garçon né dans un village pauvre, village détruit par les conflits qui opposent les différentes régions indiennes (lesquelles sont indépendantes) sur fond de guerre de l'eau. Sanjiv se voit contraint de s'installer en ville avec sa famille... peine qu'il supporte plutôt bien puisqu'elle lui permet de travailler au contact de ces adolescents qui fascinent et pilotent des robots de combat... un beau texte, mais le moins fascinant du recueil, où le rythme va crescendo.

"Kyle fait la connaissance du fleuve" est l'histoire cette fois encore d'une jeune garçon, américain. Il vit dans une enclave hyper protégée, où son père est venu travailler au service d'une Inde en reconstruction (voire l'explosion du pays mentionnée plus haut). Kyle se lie d'amitié avec Sâlim, qui vit à l'extérieur... suite à une bagarre, ils ne sont plus censés se voir et Kyle décide de quitter l'enceinte sécurisée pour le rejoindre. Oh la belle histoire d'amitié et d'incompréhension entre les générations.

"L'assassin-poussière" a une jeune héroïne pour personnage central. Élevée depuis sa naissance dans la haine d'un clan ennemi, ennemi par l'histoire familiale et la fortune concurrente, elle sait seulement qu'elle détient l'arme mortelle qui en viendra à bout.

"Un beau parti" raconte comment Jâsbir recherche désespérément une épouse. En effet, depuis qu'il est possible de choisir le sexe de son enfant, la prévisible crise démographique rend les femmes rares... grâce à son colocataire, une IA bien sympathique vient à son secours. Elle est à l'origine d'un récit d'amour splendide, où, si l'humanité doit se définir par ses sentiments, elle est sacrément remise en question.

Arrive ensuite "La petite déesse", nouvelle éponyme du livre. Ne cherchez pas, c'est elle qui a reçu le GPI, et elle ne l'a pas volé. La narratrice est bel et bien une déesse, puisqu'elle en présente les caractéristique, et passe son enfance dans le temple dédié à Katmandou, n'en sortant que lors de cérémonies annuelles. L'enfance se termine le jour où le sang cule pour la première fois hors de son corps, et la découverte du monde extérieur est rude pour elle, quand bien même une ex-déesse ne devrait pas trop peiner à trouver un mari. Cette nouvelle est un festival d'idées et d'émotions, la découvrir est un tel bonheur que j'ose à peine vous dire qu'elle retrace les étapes de l'accès à l'indépendance d'un personnage qui avait tout pour ne jamais la connaitre...

"L'épouse du djinn" brouille un peu plus les pistes entre IA et humain. L'amour entre homme et esprit virtuel est-il possible ? Peut-être. Mais peut-être pas quand les visions du monde sont opposées.

Enfin, "Vishnu au cirque des chats" clôt le recueil avec l'histoire d'une brahmane, type de personnage déjà croisé à quelques reprises. On appelle "brahmanes" ces nouveaux miracles de la génétique, enfants parfaits, construits sur mesure, qui vieillissent au ralenti, jouissent d'une immunité absolu et d'une intelligence hors-norme. Or, l'intelligence est aussi ce qui fait comprendre à Vishnu, héros et narrateur, qu'il incarne les projets et espoirs de parents qui n'ont songé à aucun moment qu'il serait capable d'indépendance...

Peut-être est-ce là le sujet principal de La petite déesse, cet accès à celui ou celle que sont vraiment les personnages. Chaque fois, un héros jeune, chaque fois, un récit d'expérience ou de vie qui laisse émerveillé. Sans même parler des images de l'Inde que l'auteur nous met en tête à chaque page... saluons enfin le travail de Gilles Goulet, traducteur, car la langue est riche et belle et ajoute encore à la gourmandise avec laquelle doivent être lus ces textes.

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Soleil vert 27/06/2014 21:18

Oui, un recueil indispensable !

Lorhkan 27/04/2014 09:43

Oui oui oui, Ian McDonald est devenu un auteur incontournable du genre anticipation proche. Je n'ai pas encore lu (honte à moi !) "La maison des derviches", mais "Le fleuve des dieux" reste comme une baffe magistrale, un énorme souvenir de lecteur, que le recueil "La petite déesse" prolonge admirablement bien.
Il n'y a d'ailleurs pour ainsi dire rien à jeter dans ce recueil !