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  Journalsemilitteraire

Nouvelles africaines (Doris Lessing)

27 Décembre 2013 , Rédigé par Angua Publié dans #Lectures curieuses

Je parlais il y a peu de ma quête de ces livres parfaits pour trouver le sommeil, un sommeil apaisé, réparateur, et non agacé et agaçant (ce qui peut arriver suite à des lectures mal choisies, jamais on ne le dira assez). C'est encore avec cette idée en tête, aux côtés de "lisons autre chose que de la SFF de temps en temps" et "mais au fait, c'est peut-être bien ce qu'a écrit Doris Lessing" que j'ai emprunté Nouvelles africaines. L'argument "OMFG, lui, le désherbage n'en est pas passé loin vu son état" est un peu passé par là.

Nouvelles africaines

Pour la première fois, j'ai compris avec ce titre ce qu'on entend par "Recueil de Nouvelles". Et pourtant. On peut dire que j'en ai lu, et étudiés, et fait étudier. Mais jamais encore l'unité d'un recueil ne m'est aussi apparue.

Treize histoires indépendantes se réunissent ici, inscrites dans l'Afrique du Sud de la première moitié du siècle précédent. Les personnages diffèrent et se ressemblent, essentiellement pris du point de vue du migrant anglais Blanc face au Noir et à la terre promise qu'il vient cultiver. Apprendre à vivre avec cette terre n'est pas simple, mais moins compliquée, pour ceux qui s'interrogent, que de vivre avec les indigènes, ombres anonymes ou humains véritables selon qui les regarde.

Tout commence avec "Le vieux chef Mshlanga". Une jeune fille, fille de colons, croise un jour un groupe de Noirs qui ne lui cèdent pas le passage. Et pour cause : ils escortent le chef Mshlanga. Une rencontre qui le marque profondément et l'entraine jusqu'au village situé un peu loin, où il restera jusqu'à une sombre histoire administrative qui ouvre les lieux à la colonisation et le déplace à trois cents kilomètres de là, dans une réserve. Le ton est donné pour le reste du recueil : d'un côté, le système, de l'autre, des individus qui le subissent de plein fouet.

L'art de l'auteur consiste ici à montrer la complexité des rapports entre les hommes. Les meilleures intentions du monde n'ont pas toujours les effets attendus, par exemple avec "Le petit Tembi", enfant noir sauvé dans sa tendre enfance par une femme blanche qui refuse de la voir grandir. D'ailleurs, le refuse-t-elle, ou est-elle simplement incapable de voir ce qui l'entoure ? La main tendue provoque encore le drame dans "un toit pour le bétail des hautes terres".

La nouvelle qui clôt le recueil le fait de manière magistrale. Il n'est plus vraiment question de mine d'or, d'incompréhension ou d'agriculture dans "la fourmilière", mais d'une simple histoire d'amitié entre deux enfants, l'un Blanc, l'autre métis, fils du patron de ses parents. Une amitié véritable, qui débute avec des chamailleries de gosse et grandit avec les vraies questions posées par la différence. Dirk, le métis, incarne la révolte et l'espoir en un monde nouveau, où enfin l'homme de couleur pourrait accéder à un statut humain malgré la haine qui l'habite, parce que l'entente est possible et l'égalité réelle dans les yeux des deux garçons.

Une bien belle lecture, totalement inattendue, et finalement ô combien nécessaire. J'en rongerais les meubles de ne pas en avoir trouvé d'édition scolaire, ou un peu glamour pour faire de l'oeil au collégien moyen.

 

PS : Méfiance, toi qui serais tenté de lire ce recueil ! Il est disponible en poche, dans un découpage différent (trois volumes au lieu de deux) et le texte final, mon préféré, se trouve dans le 2e volume de l'édition du Livre de Poche !

 

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Tiphanya 12/01/2014 18:17

Je note précieusement ce titre, car cela fait quelques mois que je suis en manque d'Afrique. Un bon moyen de le combler. Merci

Praline 03/01/2014 14:14

Amoureuse de l'Afrique du Sud, je note bien évidemment ce recueil ! Heureuse année 2014 et belles lectures !

Angua 03/01/2014 15:11

Merci ! Une excellente année à toi aussi !